UCL
Université catholique de Louvain
Pharmacologie et pharmacothérapie des anti-infectieux

 

Pharmacologie spéciale - Aminoglycosides

Effets secondaires, interactions médicamenteuses et contre-indications


1. Effets secondaires

1.1. BLOCAGE NEUROMUSCULAIRE

Les aminoglycosides (surtout la néomycine) peuvent causer un blocage neuro-musculaire lors d'une injection trop rapide, par compétition avec le Ca2+ au niveau des plaques motrices.

1.2. TOXICITE RENALE

A. Mécanismes de toxicité

Les aminoglycosides, éliminés par filtration glomérulaire, se lient à la bordure en brosse des cellules tubulaires proximales. Cette liaison est saturable à des concentrations proches des concentrations attendues lors de l'usage clinique. L'accumulation des aminoglycosides dans les cellules tubulaires proximales du rein sont responsables du développement d'une toxicité spécifique.

Les aminoglycosides pénètrent ensuite dans ces cellules par endocytose et s'accumulent dans les lysosomes. A ce niveau, ils provoquent une accumulation de phospholipides sous la forme de corps myéloïdes. Le mécanisme moléculaire de cette phospholipidose peut se résumer de la façon suivante. Les aminoglycosides, chargés positivement dans l'environnement acide des lysosomes, se lient aux phospholipides chargés négativement des membranes amenées dans les lysosomes pour y être dégradées. Cette liaison inhibe l'activité des phospholipases lysosomiales et conduit à la surcharge lipidique des lysosomes. Quand la phospholipidose dépasse un certain seuil apparaissent des foyers d'apoptose et de nécrose associés à une régénération tubulaire. Si la balance entre les deux phénomènes n'est pas équilibrée, une nécrose tubulaire aiguë se développe, causant une insuffisance rénale.

B. Manifestations cliniques

Les manifestations cliniques de la néphrotoxicité sont, par ordre d'apparition:
- une phospholipidurie et la présence d'enzymes lysosomiaux dans l'urine (signe d'altération des lysosomes)
- une protéinurie (excrétion d'enzymes des membranes cellulaires et de protéines normalement réabsorbées par les tubules rénaux)
- une polyurie (témoin de l'altération du pouvoir de concentration du rein, le mécanisme précis de cet effet très caractéristique est mal compris).
- une augmentation de l'urée sanguine et de la créatinine (signe d'insuffisance globale de filtration)
- au stade terminal, l'anurie (très rare).

La toxicité rénale induite par les aminoglycosides est le plus souvent réversible en cas d'arrêt de traitement.

C. Facteurs de risque

Etat physiologique du patient Patient âgé, insuffisance rénale préexistante [en absence de correction de la dose], altération des fonctions hépatiques
Choix de l'aminoglycoside - On considère généralement que la toxicité rénale s'établit dans l'ordre suivant (de la fréquence la plus basse à la plus élevée): streptomycine < isépamicine = amikacine < netilmicine = tobramycine < gentamicine = dibekacine < neomycine.
- Cet ordre peut cependant être largement bouleversé si d'autres facteurs de risque existent et n'est donc pas toujours observé en clinique dans les conditions d'usage réel de chaque molécule
Schéma thérapeutique - Doses élevées, traitement prolongé (>3 jours), administrations fréquentes (compte-tenu du caractère saturable de la capture des aminoglycosides, l'administration de la dose journalière en une administration assurera une accumulation rénale inférieure à celle qui est observée si cette même dose journalière est administrée en 2 ou plusieur injections ou, à fortiori, par infusion continue)
Interactions médicamenteuses Coadministration de diurétiques ou de médicaments néphrotoxiques (p ex vancomycine, cisplatine, foscarnet, amphotéricine B)

 

1.3. TOXICITE AUDITIVE

Les aminoglycosides pénètrent dans les liquides de l'oreille interne et dans le tissu lui-même par un mécanisme qui, comme dans le cas du rein, est saturable dans les conditions d'administration clinique. L'accumulation des aminoglycosides dans les cellules ciliées de la cochlée sont responsables du développement d'une toxicité spécifique. La plupart des lésions induites sont aspécifiques et sont le signe d'une dégénérescence. Les mécanismes sous-jacents sont encore mal connus mais pourraient englober une inhibition de la cascade des phosphoinositides (et donc de la régulation du métabolisme cellulaire) consécutive à la liaison de l'aminoglycoside au lieu de Ca2+ au phosphatidylinositolbisphosphate sur la face interne de la membrane plasmique.

La toxicité se manifeste au niveau vestibulaire par des nausées, vertiges, du nystagmus ou parfois des céphalées. Elle se rencontre surtout avec la streptomycine.
Au niveau cochléaire, le développement de la toxicité cause des bourdonnements d'oreille et des pertes auditives commençant d'abord par les hautes fréquences (effet dont le patient ne se rend souvent pas compte) et évoluant ensuite vers les fréquences conventionnelles, entrainant une surdité qui peut être complète.

Contrairement à la toxicité rénale, la toxicité auditive est irréversible (car elle touche un tissu nerveux) et dès lors cumulative si l'on administre plusieurs traitements au même patient.

 


2. Contre-indications

Les aminoglycosides sont contre-indiqués en cas d'allergie et en cas de myasthénie grave.
En raison des risques de toxicité, les aminoglycosides sont à utiliser prudemment chez les patients présentant les facteurs de risques évoqués plus haut et chez les femmes enceintes.


3. Interactions médicamenteuses

Les interactions médicamenteuses peuvent être groupées en fonction de leurs conséquences:
- médicaments qui augmentent le risque de blocage neuromusculaire: curarisants
- médicaments qui favorisent le développement de la toxicité: diurétiques et médicaments néphrotoxiques, dont font partie plusieurs antibiotiques susceptibles d'être coadministrés (vancomycine, céphaloridine, amphotéricine)
- médicaments présentant une incompatibilité chimique et ne pouvant donc pas être administrés dans la même solution de perfusion: héparine, ß-lactames (et autres substances anioniques).

 

 

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Dernière mise à jour: 05/08/2002
Responsables: Pr. P. Tulkens et A. Spinewine- Contact: tulkens@facm.ucl.ac.be et anne.spinewine@facm.ucl.ac.be