Pharmacologie spéciale - Aminoglycosides
Résistance bactérienne
1. Résistance par production d'enzymes inactivant l'antibiotique
Il s'agit du mécanisme de résistance le plus courant.
Si on se limite aux enzymes inactivant les dérivés
de la 2-déoxystreptamine, on distingue:
- des enzymes modifiant les fonctions hydroxyles
en 2", 3', et 4' (par des réactions de phosphorylation
ou d'adénylylation), et
- des enzymes modifiant les fonctions aminées
en 3, 2' si cette position porte une amine [kanamycine B, tobramycine,
dibékacine, gentamicines C, sisomicine, netilmicine) et 6'
par des réactions d'acétylation. Les enzymes inactivant
les positions 2", 3, 2' et 6' sont les plus fréquents.
La figure ci-dessous illustre les principaux enzymes inactivant
les aminoglycosides, agissant ici sur la kanamycine B (cet aminoglycoside
étant sensible au plus grand nombre d'enzymes).
Les N-acetyltransférases (AAC) agissent
sur les fonctions amines, tandis que les O-nucleotidyltransférases
(ANT) et les O- phosphotransférases (APH) agissent sur les
fonctions hydroxyles.
Chaque groupe d'enzymes inactive des sites spécifiques, mais
inversément, chacun de ces sites peut être la cible
d'isoenzymes différentes (chiffres romains) avec différentes
spécificités de substrat (classification phénotypique).
Au moins une enzyme est bifonctionelle et affecte les positions
2" (O-phosphorylation) and 6' (N-acetylation).
Les principaux aminoglycosides utilisés en clinique sur lesquels
ces enzymes agissent sont les suivants: amikacine (A), dibekacine
(Dbk), gentamicine commerciale (G), gentamicine B (Gmb), kanamycine
A (K), isépamicine (I), nétilmicine (N), sisomicine
(S), et tobramycine (T).
Les abbréviations apparaissant entre parenthèses sont
celles pour lesquelles une résistance a été
détectée in vitro même si elle n'a pas été
décrite en clinique.
Données compilées à partir de Shaw et al.,
Microbiol. Rev., 1993, 57: 138-163
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Ce mode de résistance est un problème préoccupant,
dans la mesure où il est médié par des plasmides
lui assurant une propagation rapide, et on assiste ces dernières
années à l'émergence de souches porteuses de
plusieurs enzymes d'inactivation différents (combinaisons).
La sensibilité aux aminoglycosides est en constante évolution.
Dans l'ensemble, elle évolue cependant plus lentement que
la résistance aux ß-lactames, sans doute en raison
du pouvoir bactéricide élevé des aminoglycosides,
de l'absence d'effet inducteur, et peut-être également
de l'usage plus modéré de ces molécules.
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Quelques éléments
de relation structure-activité
Les dérivés semi-synthétiques possédant
une substitution de type aminohydroxybutyryl (amikacine) ou
aminohydroxypropionyl (isépamicine) en position 1 ont
représenté un progrès important dans
la mesure où cette susbtitution leur permet d'échapper
à l'action de plusieurs enzymes par simple encombrement
stérique (enzymes attaquant en 2" et 3), soit
par mauvais positionnement de l'enzyme inactivant suite au
déplacement de la fonction aminée originellement
située N1 à l'extrémité du substitutant
(protection contre certains enzymes inactivant les positions
3' et 4'). La fonction 6' n'est pas protégée.
La susbstitution de l'amine en N1 par une chaine alkyle (netilmicine)
procure uniquement une protection d'ordre stérique
(protection en 2" et 3, mais pas de protection en 2').
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2. Autres mécanismes de résistance
2.1. Imperméabilité de la bactérie
Ce mécanisme est responsable d'une résistance croisée
à tous les aminoglycosides. Elle se rencontre chez certaines
souches de Pseudomonas ou de Staphylococcus
et son expression peut être évitée par l'utilisation
d'associations d'antibiotiques.
2.2. Diminution de l'affinité de l'aminoglycoside pour
sa cible ribosomiale
Ce mécanisme touche principalement la streptomycine, car
les autres aminoglycosides possèdent des sites de fixation
multiples sur les ribosomes.
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