UCL
Université catholique de Louvain
Pharmacologie et pharmacothérapie des anti-infectieux

 

Pharmacologie spéciale - Lincosamides

Structure chimique
Mécanisme d'action
Résistance bactérienne
Spectre d'activité et indications
Pharmacocinétique et posologie
Effets secondaires, interactions médicamenteuses et contre-indications

 


1. Structure chimique

Les lincosamides, représentés à l'heure actuelle par la lincomycine et son dérivé 7-chloro-7-déoxy-, la clindamycine, sont constitués d'un acide hygrique alkylé en position 4 et substitué via une fonction amide par un groupement 6-amino-thio-octopyrannoside.


2. Mécanisme d'action

Les lincosamides sont des inhibiteurs de la synthèse protéique qui se lient à la sous-unité 50S des ribosomes bactériens et inhibent l'étape de transpeptidation des chaînes en croissance.

En raison de leur site de fixation commun sur les ribosomes, les lincosamides sont des antagonistes des macrolides et des phénicolés


3. Résistance bactérienne

La principale résistance d'intérêt clinique est celle de type croisé avec les macrolides et streptogramines (résistance MLSB; voir chapitre consacré aux macrolide - lien).


4. Spectre d'activité et indications

Les lincosamides couvrent principalement les Gram (+) et les anaérobies. Ils se lient mal aux ribosomes des Gram (-), à l'exception des Neisseria et des Haemophilus. Ces derniers présentent toutefois une sensibilité variable.

La lincomycine peut être est utilisée pour le traitement des infections à Gram (+) de l'os, de la peau et des tissus mous.
La clindamycine, plus active sur les anaérobies, est préférée pour traiter les abcès (car le potentiel d'oxydoréduction très bas favorise la multiplication de tels germes). Il faudra cependant lui associer un antibiotique actif sur les Gram (-) si l'on redoute la présence de ce type de germe.
La clindamycine peut aussi être utilisée comme alternative aux ß-lactames chez les patients allergiques.

Il convient cependant d'être prudent dans l'usage de la clindamycine car le taux de résistance (résistance plasmidique de type MLSB) est en nette augmentation chez les anaérobies depuis une quinzaine d'année (en particulier chez l'espèce Bacteroides fragilis et chez les Clostridium).


5. Pharmacocinétique et posologie

L'absorption de la lincomycine par voie orale se limite à 25-30% de la dose administrée. En outre, elle est réduite par la prise de nourriture. L'administration intra-musculaire conduit quant à elle à une résorption complète.
La clindamycine administrée par voie orale est, pour sa part, résorbée à 90%. On l'utilisera donc plus largement pour les traitements ambulatoires. Les formes d'utilisation courante sont:
- des esters, hydrolysés dans le tube digestif, pour l'administration orale;
- le phosphate, rapidement hydrolysé dans le sang pour libérer l'antibiotique actif, par administration intraveineuse. Cette dernière voie d'administration est adoptée lorsque l'on souhaite limiter au maximum une perturbation de la flore intestinale anaérobie.

La distribution des lincosamides dans l'organisme est large, mais ils ne pénètrent pas dans le liquide céphalo-rachidien. Leur capacité à se concentrer dans les phagocytes est un paramètre intéressant dans le traitement des abcès. Il faut toutefois garder à l'esprit que leur spectre d'activité ne couvre pas les germes intracellulaires.

Elimination: La demi-vie d'élimination des lincosamides est comprise entre 2 et 4 heures. L'excrétion se fait principalement par voie biliaire (après inactivation dans le foie), et, acccessoirement par voie rénale et fécale.


6. Effets secondaires, interactions et contre-indications

Les lincosamides peuvent causer une diarrhée en déséquilibrant la flore intestinale par leur activité anti-anaérobie. Ce déséquilibre peut permettre la prolifération de Clostridium difficile dont les toxines A et B entraînent le développement d'une colite pseudo-membraneuse. Cet effet est également rencontré avec d'autres antibiotiques actifs contre les anaérobies (en particulier les beta-lactames à spectre large). La colite pseudo-membraneuse peut être traitée par du métronidazole ou de la vancomycine.

La clindamycine peut augmenter le risque de blocage neuro-musculaire lorsqu'elle est injectée simultanément à un aminoglycoside, la polymyxine ou la colistine.

 

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Dernière mise à jour: 05/09/2002
Responsables: Pr. P. Tulkens et A. Spinewine- Contact: tulkens@facm.ucl.ac.be et anne.spinewine@facm.ucl.ac.be