Pharmacologie spéciale - Macrolides
Résistance bactérienne
1. Mécanismes de résistance
1.1. Résistance intrinsèque
Les germes Gram négatif, en particulier les entérobactéries,
les Pseudomonas sp. et les Acinetobacter
sp. sont intrinsèquement résistants aux macrolides.
En effet, leur membrane cellulaire externe est imperméable
aux composés hydrophobes que sont les macrolides, et il existe
un phénomène d'efflux physiolosique des Gram (-).
Toutefois, les ribosomes des germes à Gram négatif
demeurent sensibles. A hautes concentrations, les macrolides pénètrent
les parois bactériennes et exercent leur effet inhibiteur.
1.2. Résistance acquise
Il existe 3 mécanismes de résistance acquise aux
macrolides: la modification de la cible, l'inactivation et l'efflux.
1.2.1. Résistance par modification de la cible (gènes
erm)
Le mécanisme le plus fréquent à ce niveau
est une méthylation de l'adénine au niveau l'ARN 23S
de la sous-unité ribosomale 50S. La production de l'enzyme
responsable de cette méthylation (méthylase) se fait
sous le contrôle des gènes erm
(erythromycin ribosome methylation). Cette méthylation confère
une résistance croisée vis-à-vis non seulement
de tous les macrolides mais aussi de 2 autres classes d'antibiotiques
qui agissent en se liant en partie à ce même site,
à savoir les lincosamides (clindamycine et lincomycine) et
la streptogramine de type B, d'où le nom de résistance
MLSB.
Plus de 40 gènes erm ont été
identifiés à ce jour. Une certaine confusion règne
quant à leur nomenclature. Les 4 classes de gènes
majoritairement représentés chez les micro-organismes
pathogènes sont: erm(A), erm(B),
erm(C) et erm(F).
Les gènes ermA et ermC sont essentiellement retrouvés
chez les staphylocoques; les gènes ermB chez les streptocoques
entérocoques; et enfin les gènes ermF chez les Bacteroides
sp. et autres bactéries anaérobes.
La résistance est transmise par des plasmides. Son
expression phénotypique peut être de 2 types:
1° Phénotype constitutif: elle s'exprime de façon
permanente, rendant alors la bactérie d'emblée insensible
aux macrolides, lincosamides et streptogramines.
2° Phénotype inductible: elle requiert la présence
de l'antibiotique pour s'exprimer. Chez les staphylocoques, les
gènes erm(A) et erm(C)
confèrent la résistance aux macrolides à 14
ou à 15 atomes, mais pas aux macrolides à 16 atomes
en raison de leurs différences de structure et de conformation.
Addenda: résistance par mutation
des ARNr et protéines ribosomiales
Ce type de résistance a été récemment
décrit. Cette résistance est le résultat d'une
mutation de gènes chromosomiques qui codent pour des protéines
ribosomiales ou ARNr ribosomiales, et s'accompagne d'une réduction
de l'affinité du macrolide pour sa cible. Elle s'applique
à l'érythromycine, parfois à d'autres macrolides,
à la lincomycine et la clindamycine. Ce mécanisme
est notamment responsable de la résistance de certaines espèces
comme Mycobacterium avium et Helicobacter
pylori à la clarithromycine. Enfin, dans des souches
de S. pneumoniae, des mutations au
niveau de 2 protéines ribosomales et conférant une
résistance à l'érythromycine ont été
décrites.
1.2.2. Résistance par inactivation de l'antibiotique
Ce mécanisme, assez rare (décrit chez les entérobactéries,
P. aeruginosa et exceptionnellement
chez S. aureus), implique la production
d'enzymes (estérases et phosphotransférases) modifiant
les macrolides au point de réduire fortement leur affinité
pour le ribosome. Ce type de résistance est également
transmis par des plasmides.
1.2.3. Résistance par efflux de l'antibiotique (gènes
mef(A) et msr(A))
La résistance par efflux est le mécanisme le plus
fréquent de résistance chez Streptococcus
pyogenes en Belgique, mais il est également présent
chez S. pneumoniae (fréquemment
au USA et au Canada, rarement en Belgique). Ce mécanisme
confère la résistance aux macrolides à 14 et
15 atomes et repose sur l'acquisition d'un gène mef(A)
porté par un transposon. Les macrolides à 16 atomes
et les lincosamides restent donc actifs sur les souches possédant
un mécanisme d'efflux actif.
Chez les staphylocoques, c'est le gène plasmidique msr(A)
qui, en association avec d'autres gènes chromosomiques, code
pour le système de pompe à efflux. Cette pompe confère
la résistance aux macrolides à 14 et 15 atomes dans
le macrocycle ainsi qu'aux streptogramines de type B (phénotype
MSB). Les macrolides à 16 atomes restent actifs.
2. Données épidémiologiques
| Tableau 1: Mécanismes
de résistance aux macrolides et prévalence pour
les principales bactéries impliquées |
| A. Résistance par modification du ribosome
par la méthylase (gènes erm) |
- S. pneumoniae
- S. pyogenes |
- erm (B) présent
dans 75-100% des souches Ery-R en Europe
- erm (B) et erm
(A) généralement présents dans <50%
des souches Ery-R |
| B. Résistance par modification du ribosome
par mutation (ARNr, protéines) |
- S. pneumoniae
- S. pyogenes
- H. pylori, Campylobacter,
M. avium |
- occasionnellement chez les souches Ery-R
- rare chez les souches Ery-R
- les seules bactéries pour lesquelles ce mécanisme
de résistance a une prévalence élevée |
| C. Résistance par efflux de l'antibiotique
(gènes mef) |
- S. pneumoniae
- S. pyogenes |
- présent dans <25% des souches Ery-R
- présent dans >50% des souches Ery-R (et jusqu'à
95%) |
3.1. S. pneumoniae
Une proportion élevée des S.
pneumoniae sont actuellement résistants (résistance
de haut niveau; voir tableau 2), et ceci de façon constitutive
(seuls environ 10% de ces souches, soit environ 3% du total des
S. pneumoniae, présentent le
mécanisme inductible).
| Tableau 2: Evolution du taux
de résistance aux macrolides chez S.
pneumoniae en Belgique |
| Année |
% de souches résistantes à l'érythromycine |
1988
1990
1992
1994
1996
1998 |
11.5
17.0
19.2
22.9
25.9
31.0 |
3.2. Streptocoques du groupe A (S. pyogenes)
La résistance des streptocoques du groupe A est de 5% aux
Etats-Unis mais atteint 10% en Belgique, ce qui pourrait devenir
un problème inquiétant. Les deux mécanismes
de résistance les plus fréquents en Belgique sont
la résistance par efflux de l'antibiotique (gènes
mef(A)) et la résistance par
modification de la cible (gènes erm(B)).
Figure
1: Incidence de la résistance de S.
pyogenes aux macrolides, en Europe
3.3. Staphylocoques
La résistance de S. aureus
à l'érythromycine est très variable. En milieu
non hospitalier, 70 à 90% des isolats sont sensibles à
l'érythromycine. Par contre, en milieu hospitalier, moins
de 25% des MRSA (methicillin-resistant S.
aureus) restent sensibles. De façon similaire, plus
de 75% des S. epidermidis résistants
à la méthicilline sont résistants aux macrolides.
3.4. Cas particulier: résistance aux kétolides
Les kétolides
ont été développés dans le but de répondre
au problème de l'émergence de résistance des
pneumocoques à l'érythromycine et aux néomacrolides.
Pour le moment, il n'existe pas encore d'information pertinente
concernant la résistance clinique, puisque les kétolides
ne sont pas encore utilisés à large échelle.
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