UCL
Université catholique de Louvain
Pharmacologie et pharmacothérapie des anti-infectieux

 

Pharmacologie spéciale - Les nitrofuranes

1. Structure chimique

Les nitrofuranes possèdent encommun un noyau furane substitué en position 5 par une fonction nitro indispensable à l'activité antibiotique.


2. Mécanisme d'action

2.1. Activation de l'antibiotique

Les nitrofuranes acquièrent leur activité antibactérienne après la réduction enzymatique de leur fonction nitro, catalysée par des réductases bactériennes, ce qui assure leur spécificité d'action. Ce mécanisme est en commun avec les nitroimidazoles; la différence réside dans le potentiel réducteur nécessaire pour obtenir les différents intermédiaires, et donc dans les bactéries susceptibles d'activer le produit.

2.2. Activité antibactérienne

Une fois activés métaboliquement, ces antibiotiques inhibent des enzymes impliqués dans la dégradation du glucose et du pyruvate. En outre, certaines de leurs formes réduites possèdent un pouvoir alkylant et pourraient causer des dommanges à l'ADN et aux protéines.

Image:
Mode d'action des nitrofuranes

(Repris de Armstrong et Cohen, 1999)

 

2.3. Caractéristiques de l'activité antibiotique

Les nitrofuranes présentent une activité statique aux concentrations thérapeutiques (leur CMB est 2 à 4 fois supérieure à leur CMI, mais ces concentrations ne peuvent pas être atteintes in vivo).
Les nitrofuranes présentent un antagonisme avec les fluoroquinolones et une synergie avec les tétracyclines vis-à-vis des coques Gram (+).


3. Résistance bactérienne

Une réduction de l'activité de la réductase bactérienne confère la résistance croisée à l'ensemble des nitrofuranes. Cette résistance peut être soit chromosomique, soit plasmidique. Par ailleurs, on voit émerger des souches porteuses de plasmides de multirésistance (aminoglycosides et nitrofuranes).


4. Spectre d'activité

Les nitrofuranes sont actifs sur:
  - la plupart des entérobactéries
  - les coques à Gram (+)
  - certaines anaérobies (Bacteroides fragilis, Clostridium)
  - Campylobacter jejuni
P. aeruginosa est presque toujours résistant.

 


5. Pharmacocinétique

La résorption orale des nitrofuranes est complète et rapide. Les taux sériques et tissulaires atteints sont cependant faibles et inférieurs aux concentrations bactéricides, exception faite de l'urine, dans lesquels les nitrofuranes se concentrent suffisamment pour être actifs. En cas d'insuffisance rénale, l'accumulation peut même devenir toxique.

L'élimination des nitrofuranes est rapide (t1/2 = 1/2 heure). Ils sont dégradés dans le foie et le rein.


6. Indications et posologie

Etant donné que les nitrofuranes ne présentent une concentration thérapeutique que dans l'urine, ils sont réservés exclusivement au traitement ou à la prévention des infections urinaires basses (cystites).

Posologie des nitrofuranes
Nitrofurantoïne (Furandantine) 200-400 mg/j en 3-4 prises
Nifurtoïnol (Urfadyn PL) 200 mg/j en 2 prises

 


7. Effets secondaires et contre-indications

7.1. Effets secondaires

Les nitrofuranes sont responsables de nombreux effets secondaires:
  - troubles digestifs défavorables à une bonne compliance
  - réactions allergiques, généralement de type cutané
  - infiltrations pulmonaires diffuses réversibles
  - anémie hémolytique réversible chez les sujets déficients en glucose-6-P-déshydrogénase
  - polynévrite lors de traitements prolongés, surtout chez les insuffisants rénaux

7.2. Contre-indications

Les nitrofuranes sont contre-indiqués en cas d'insuffisance rénale, car dans ces circonstances ils sont inefficaces (concentration urinaire insuffisante) et dangereux vu leur toxicité systémique, surtout la neuropathie périphérique.
Les nitrofuranes sont également contre-indiqués chez la femme enceinte.


 

 

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Dernière mise à jour: 05/08/2002
Responsables: Pr. P. Tulkens et A. Spinewine- Contact: tulkens@facm.ucl.ac.be et anne.spinewine@facm.ucl.ac.be