Pharmacothérapie générale - Approche systématique
dans la décision de l'antibiothérapie
Choix de l'antibiotique - Facteurs liés au patient
1. Age
1.1. Age et détermination du pathogène
responsable
Dans certaines situations particulières, l'âge du patient
peut être un facteur important dans le processus de détermination
du pathogène responsable de l'infection.
Exemple: méningite bactérienne
Les principales bactéries responsables de méningite
sont Neisseria meningitidis et Streptococcus
pneumoniae. Les méningites à méningocoques
prédominent chez les nouveaux-nés de 0 à 1
an, tandis que les méningites à S.
pneumoniae prédominent chez les adultes de plus de
30 ans.
1.2. Age et pharmacocinétique des antibiotiques
* Influence de l'âge sur l'absorption
des antibiotiques
Exemple 1: l'absorption des fluoroquinolones
diminue avec l'âge en raison de la plus faible acidité
gastrique chez le sujet âgé.
* Influence de l'âge sur l'élimination
des antibiotiques
Les fonctions rénales et hépatiques varient avec l'âge
du patient, et les patients avec une insuffisance rénale
et/ou hépatique présentent un risque d'accumulation
de certains antibiotiques si la dose n'est pas ajustée. En
conséquence, la capacité des patients à métaboliser
ou éliminer les antibiotiques est un des facteurs les plus
importants à considérer, essentiellement quand de
fortes concentrations sanguines ou tissulaires sont potentiellement
toxiques.
Exemple 1: La moindre élimination
rénale chez le nouveau-né et la personne âgée
peut conduire à une surcharge en pénicillines et en
aminoglycosides.
Exemple 2: La fonction hépatique,
immature chez les nouveaux-nés, peut contribuer à
une intoxication par le chloramphénicol ou la rifampicine.
2. Fonctions rénales et hépatiques
En plus d'une altération potentielle des fonctions rénale
et hépatique en relation avec l'âge, certaines pathologies
au niveau des reins et du foie vont modifier la pharmacocinétique
/ pharmacodynamique des antibiotiques.
2.1. Fonction rénale
- L'excrétion rénale est la voie d'élimination
la plus importante pour la plupart des antibiotiques
- L'insuffisance rénale chronique, par exemple chez des patients
diabétiques et/ou hypertendus, est un facteur capital dont
il faut tenir compte lors du choix de l'antibiothérapie.
La posologie devra si nécessaire être adaptée,
en fonction de la clearance rénale du patient. De plus, les
patients sous hémodialyse doivent faire l'objet d'une attention
particulière quant au choix de l'antibiotique, à la
dose utilisée, et au temps d'administration.
- De façon similaire, l'antibiothérapie chez des patients
en insuffisance rénale aiguë devra être adaptée.
2.2. Fonction hépatique
- En cas d'insuffisance hépatique (par exemple chez un patient
alcoolique atteint de cirrhose hépatique ou chez un patient
atteint d'hépatite chronique), les paramètres pharmacocinétiques
et pharmacodynamiques des antibiotiques qui seront modifiés
sont l'élimination hépatique, l'excrétion biliaire,
la liaison à l'albumine.
- Un ajustement de la dose s'avère nécessaire en cas
d'insuffisance hépatique sévère, pour les antibiotiques
suivants:
ceftriaxone - chloramphénicol - clindamycine - érythromycine
- fluoroquinolones - acide fusidique - isoniazide - métronidazole
- pyrazinamide - rifabutine - rifampicine.
3. Etat des défenses
L'état des défenses du patient joue un rôle
essentiel. L'immunosuppression (cellulaire, humorale), le déficit
en polymorphonucléaires neutrophiles, la fonction insuffisante
de certains organes (reins, foie), l'immobilisation sont toujours
associés à une gravité particulière
des infections, et constituent des éléments essentiels
du pronostic de survie.
Chez les patients immunodéprimés, le choix d'antibiotiques
(bactéricides), l'utilisation de combinaison d'antibiotiques
(lien),
la durée de traitement, ainsi que l'usage prophylactique
(lien) sont des
éléments très importants.
4. Anomalies génétiques
ou métaboliques
Les 3 exemples suivants sont très illustratifs:
a. Acétylateurs lents versus acétylateurs
rapides: le phénotype de l'individu influence la vitesse
d'élimination des médicaments biotransformés
par acétylation. Ainsi, l'isoniazide présente une
demi-vie plus longue chez les acétylateurs lents, ce qui
peut expliquer qu'ils soient plus enclins à développer
certains effets secondaires propres à ce composé (p
ex des polynévrites).
b. Un déficit en glucose-6-P-déshydrogénase
provoque une hémolyse lors de l'administration de certains
antibactériens (sulfamidés, nitrofuranes, chloramphénicol).
c. Le diabète peut entraîner
des complications de natures diverses lors de l'administration d'antibiotiques.
Certains antibiotiques (sulfonamides, chloramphénicol) peuvent
augmenter l'effet des hypoglycémiants oraux. Par ailleurs,
l'absorption intramusculaire des médicaments en général
est réduite chez les patients diabétiques. Enfin,
les tests de glucosurie basés sur la détection de
substances réductrices (Clinitest®) peuvent souffrir
de "faux positifs" lors de l'administration de nombreux
antibiotiques (céphalosporines, tétracyclines, chloramphénicol,
nitrofurantoine,...).
5. Allergie
L'allergie à un antibiotique est une contre-indication absolue
à sa prescription mais attention:
étant donné que la plupart des patients confondent
"allergie vraie" (IgE-médiée, c'est-à-dire
se manifestant sous forme d'anaphylaxie ou angioedème, et
se développant 30 à 60 minutes après le début
du traitment) avec effets secondaires (par exemple de type gastrointestinaux),
il est essentiel d'évaluer soigneusement
tout passé allergique mentionné par le patient.
Administration de beta-lactames en cas d'allergie
à la pénicilline
- Les patients allergiques à la pénicilline doivent
être considérés comme étant allergiques
à toutes les pénicillines semi-synthétiques.
- Les céphalosporines de première génération
ne devraient pas être administrées en cas d'allergie
à la pénicilline. En effet, des cas d'allergie croisée
ont été rapportés.
- Dans le cas des céphalosporines de troisième génération,
il n'y a pas eu jusqu'à présent de cas d'allergie
croisée.
- L'aztreonam peut être administré aux patients allergiques
à la pénicilline.
- L'imipénem et le méropénem ne peuvent pas
être utilisés en cas d'allergie aux pénicillines
pour cause d'allergie croisée.
Cas spécial: allergie croisée
pénicillines-céphalosporines
Environ 10% des patients allergiques à la pénicilline
le seront également aux céphalosporines. La règle
suivante est généralement d'application:
- Eviter l'administration de céphalosporines aux patients
avec un passé de réaction immédiate ou accélérée
à une pénicilline (anaphylaxie, laryngospasme)
- Chez les patients avec un passé de réaction tardive
à une pénicilline (par exemple un rash), l'administration
d'une céphalosporine peut être envisagée mais
doit être faite sous surveillance.
6. Autres pathologies et traitement médicamenteux
A. Des pathologies concomitantes peuvent
influencer le choix de l'antibiotique. En effet, certaines maladies
prédisposent les patients au développement de certaines
infections, ou peuvent altérer le type d'agent pathogène
responsable de l'infection.
Exemple 1: Les patients diabétiques,
avec maladie vasculaire périphéprique, développent
fréquemment des infections des tissus mous au niveau des
extrémités inférieures.
Exemple 2: Les infections pulmonaires
chez les patients atteints de mucoviscidose sont causées
par des germes différents de ceux responsables d'infections
chez des patients atteints de bronchite chronique.
B. Tout autre médicament pris
de façon régulière ou non par le patient peut
influencer le choix de l'antibiotique, son dosage et le monitoring
nécessaire.
Exemple 1: Potentialisation de l'effet
néphrotoxique des aminoglycosides lors de l'administration
concomitante de diurétiques; cette association doit être
évitée, et si elle ne peut pas l'être la fonction
rénale doit être suivie de très près.
Exemple 2: Certains antibiotiques
sont des inhibiteurs dy cytochrome P450 (isoniazide, érythromycine).
Lorsqu'ils sont administrés en même temps que d'autres
médicaments métabolisés majoritairement par
le cytochrome P450 (par exemple la phénytoine et la théophylline),
il y a un risque significatif d'intoxication par ces derniers. Inversément,
certains anti-infectieux induisent le cytochrome P450 (par exemple
la rifampicine) et peuvent donc diminuer les concentrations plasmatiques
d'autres médicaments métabolisés par ce cytochrome
(avec risque conséquent d'échec thérapeutique).
7. Observance
La probabilité d'observance d'un patient peut influencer
le choix de l'antibiotique prescrit, essentiellement en ce qui concerne
la posologie et la durée du traitement.
Les principales causes de mauvaise observance sont: complexité
de la prescription, effets secondaires (surtout digestifs), rapidité
de la guérison qui n'encourage pas la poursuite du traitement.
Exemple: l'azithromycine, qui possède
une longue demi-vie, peut être administrée 1x/jour
pendant 3 jours, contrairement à d'autres macrolides tels
que l'érythromycine et la clarithromycine. De plus, il y
a un moindre risque d'effets secondaires digestifs pouvant mener
à une mauvaise observance.
8. Grossesse et lactation
Les
antibiotiques les plus sûrs pendant la grossesse sont:
- les pénicillines (sauf la ticarcilline, tératogène)
- les céphalosporines
- les macrolides (sauf la clarithromycine)
- les streptogramines
- rifampicine et nitro-imidazoles (peuvent être administrés
à partir du deuxième trimestre) |
Sont
totalement contre-indiqués pour leurs effets toxiques
sur le foetus:
- les aminoglycosides (ototoxicité)
- les fluoroquinolones (arthropathies)
- les tétracyclines (coloration des dents)
- le chloramphénicol (syndrôme de Gray) |
Chez la femme allaitante, on utilisera un antibiotique pouvant
être administré à l'enfant. En pratique, on
évitera les fluoroquinolones, le chloramphénicol,
les nitroimidazoles, les nitrofuranes et les sulfamidés.
Par contre, les effets secondaires des tétracyclines sont
évités par leur complexation par le calcium présent
dans le lait.
9. Gravité de l'infection
Le critère de gravité de l'infection
gouvernera en partie:
1° Le choix de l'antibiotique
Exemple: les antibiotiques bactéricides seront sélectionnés
chez les patients immunodéprimés et en cas d'infections
graves; de même, des combinaisons d'antibiotiques seront utilisées
dans ces cas.
2° La modalité du traitement
Exemple: la voie intraveineuse sera choisie en cas d'infections
graves, et des posologies élevés seront prescrites.
10. Site d'infection
L'identification précise du site d'infection est très
importante pour le choix de l'antibiotique et de la voie d'administration,
pour 3 raisons principales:
1° Aide à la détermination
des organismes pathogènes responsables de l'infection
Les données de sensibilité locales permettront alors
d'orienter le choix du traitement.
Exemple: les infections urinaires
sont majoritairement causées par des bacilles entériques
gram négatif.
2° Pénétration de l'antibiotique
au site d'infection
La concentration locale de l'antibiotique est un facteur déterminant
pour le succès thérapeutique: elle doit être
supérieure ou égale à la CMI de l'organisme
en cause. Dans certains cas cela est difficile à obtenir.
Exemple 1: Infections du système
nerveux central: il y a deux façons d'obtenir une
concentration appropriée au site d'infection:
- Sélectionner des antibiotiques qui pénètrent
bien la barrière hématoencéphalique (exemple:
chloramphénico, rifampicine)
- Administrer l'antibiotique par voie intrathécale ou intraventriculaire
Exemple 2: Endocardite bactérienne
et ostémyélite
La pénétration de l'antibiotique au site d'infection
est difficile, et il sera nécessaire d'utiliser des doses
élevées pendant une période prolongée.
3° Facteurs locaux influençant
l'activité des antibiotiques
Exemple 1: diminution de la concentration
en oxygène dans les abcès et infections péritonéales
Exemple 2: altération du pH
dans les abcès, dans l'urine
Exemple 3: présence de corps
étrangers
Remarque: L'identification d'un foyer d'infection
n'est pas toujours évidente
Exemple 1: Il est parfois difficile
d'apprécier la nature basse ou haute d'une infection urinaire
Exemple 2: Un état septique
procède habituellement à partir d'un foyer dont l'identification
peut être délicate
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