Approche systématique dans la décision de l'antibiothérapie
Résumé:
Il est essentiel d'adopter une approche systématique lors
du choix d'une antibiothérapie, ceci afin d'optimiser l'efficacité
du traitement, de minimiser sa toxicité ainsi que son coût.
Le tableau 1 résume les différentes étapes
liées à l'antibiothérapie.
| Tableau
1: Approche systématique dans la décision de l'antibiothérapie |
| 1. |
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1.1. Signes d'infection
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1.2. Détection du pathogène
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| 2. |
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2.1. Choix de l'antibiotique
2.1.1. Facteurs liés au patient
2.1.2. Facteurs liés au micro-organisme
2.1.3. Facteurs liés à l'antibiotique
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2.2. Modalités de traitement
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| 3. |
Evaluer la réponse thérapeutique |
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1. Confirmer la présence d'infection
bactérienne
Cette première étape est essentielle afin de décider
si oui ou non un traitement antibiotique sera justifié. Deux
éléments entrent en ligne de compte: il s'agit d'une
part de confirmer la présence d'une infection, et d'autre
part de détecter le pathogène en cause de cette infection.
1.1. Signes d'infection
| Facteurs |
Examples |
| Symptômes généraux (non spécifiques) |
Fièvre, frissons, sudations
Signes cardiaques (tachycardie, bradycardie)
Algies diffuses (douleurs musculaires, céphalées,...)
Signes respiratoires, digestifs, urinaires, cutanés,...
Congestion |
Manifestations biologiques
(tests de laboratoire) |
Syndrôme inflammatoire (protéine
C, vitesse de sédimentation,...)
Globules blancs (par exemple leucocytose avec polynucléose) |
| Examens complémentaires |
Radiologie |
1.2. Détection du pathogène
Les 3 étapes succesives intervenant dans le processus d'identification
du pathogène sont le prélèvement, l'identification
elle-même, et enfin l'interprétation des résultats.
1.2.1. Prélèvement
Dans la mesure du possible et si nécessaire, un prélèvement
doit être effectué AVANT l'instauration de l'antibiothérapipe.
Pourquoi?
Si l'échantillon est prélevé APRES le début
de l'antibiothérapie, le risque d'obtnir des faux négatifs
est significatif (les cultures deviennent stériles, et il
peut y avoir des altérations dans la composition cellulaire
et chimique des fluides infectés.
1.2.2. Méthodes d'identification
Il existe plusieurs méthodes d'identification de pathogènes.
Parmi celles-ci on retrouve:
- Détection directe: par coloration, détection d'antigènes
de toxines, biologie moléculaire
- Sérologie
- Culture (une détermination de la sensibilité du
germ isolé peut être réalisée)
1.2.3. Résultats
Lors de l'interprétation des résultats, et en cas
de résultat positif (où une bactérie a été
isolée), il est important de pouvoir différencier:
- la présence réelle d'un pathogène (c'est-à-dire
une infection à proprement parler)
- d'une colonisation du tissu prélevé, et/ou d'une
contamination du prélèvement.
Dans le cas où un pathogène a été isolé
et où il y a un risque de résistance de ce pathogène
à divers antibiotiques, un antibiogramme doit fournir des
données relatives à la sensibilité de ce germe
à divers antibiotiques. De plus, une détermination
des CMI (concentrations minimales inhibitrices) permettra d'éclairer
le choix du traitement.
2. Sélectionner le traitement
antibiotique
2.1. Choix de l'antibiotique
Trois facteurs doivent être pris en compte lors du choix
de l'antibiotique: le patient, le micro-organisme et l'antibiotique.
2.1.1. Facteurs liés au patient
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Facteurs liés au patient devant être
pris en compte lors du choix de l'antibiotique
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| Information détaillée
sur une autre page: cliquer
ici |
- Age
- Fonctions rénale et hépatique
- Etat des défenses
- Anomalies génétiques ou métaboliques
- Allergie
- Autres pathologies et traitements médicamenteux
- Observance
- Grossesse et lactation |
- Gravité de l'infection
- Site d'infection |
2.1.2. Facteurs liés au micro-organisme
Deux cas de figure existent:
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L'organisme n'est pas identifié, et
une thérapie EMPIRIQUE est mise en place
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* Situations dans lesquelles
une thérapie empirique est instaurée:
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- Le germe responsable n'a pu être identifié
- Infections graves: une thérapie empirique se justifie
en attendant les résultats microbiologiques du ou des
prélèvement(s) réalisé(s). Dans
un deuième temps donc, la thérapie empirique
sera remplacée par une thérapie ciblée.
- Infections bénignes: il est aussi fréquent
d'initier un traitement empirique, dans la mesure où
il peut être déraisonnable de mettre en oeuvre
des moyens d'investigation disproportionnés pour diverses
raisons cliniques et/ou économiques.
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* Le choix du traitement
empirique devrait se baser sur:
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- La pathologie sous-jacente
- Les facteurs de risque du patient
- Le site d'infection
- L'épidémiologie locale pour tenter de prédire
la nature du germe en cause et sa sensibilité aux antibiotiques
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Un organisme est identifié,
et une thérapie CIBLEE est mise en place |
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L'identification de la bactérie responsable
de l'infection permettra de cibler le choix de l'antibiotique.
Il est essentiel, afin de choisir l'antibiotique de façon
éclairée, de connaître les données
de sensibilité LOCALE. Chaque fois que la présence
de souches résistantes peut être soupçonnée,
l' identification devrait être associée à
la détermination de la sensibilité du germe
.
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2.1.3. Facteurs liés à
l'antibiotique
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Facteurs liés à l'antibiotique et intervenant
dans le choix du traitement |
| 1. Pharmacocinétique |
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- Accès au site d'infection (fonction des
charactéristiques de résorption, diffusion et
distribution)
- Elimination (rénale, hépatique,...) |
| 2. Pharmacodynamie |
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- Antibiotique bactériostatique ou bactéricide
(lien)
- Spectre d'activité et résistance |
| 3. Toxicité |
| 4. Interactions |
| 5. Coût |
Quelques commentaires:
- PK/PD: Les paramètres généraux
pharmacocinétiques et pharmacodynamiques permettent de classer
les antibiotiques en 3 groupes (lien).
Ces paramètres ont des conséquences importantes quant
au choix de la posologie.
- Pharmacocinétique: L'accès
de l'antibiotique au site d'infection est primordial en cas d'infections
du système nerveux central, d'infections profondes, d'infections
des os, et d'infections intracellulaires.
- Pharmacodynamie: Les antibiotiques
bactéricides sont préférés dans les
infections graves (par exemple dans l'endocardite bactérienne
et la méningite) ainsi que chez les patients immunodéprimés.
- Toxicité: En cas de possibilité
de traitement avec 2 ou plusieurs antibiotiques d'efficacité
similaire, l'antibiotique le moins toxique sera toujours préféré.
De plus, chez certains patients, le profil de toxicité justifiera
le choix d'un antibiotique plutôt que d'un autre (par exemple
les antibiotiques néphrotoxiques seront évités
chez les patients présentant une insuffisancce rénale).
- Interactions: Les interactions avec
les antibiotiques (lien)
peuvent être d'origine diverses, et peuvent affecter l'absorption,
la distribution, le métabolisme et l'élimination des
antibiotiques. De plus, les antibiotiques eux-mêmes peuvent
modifier les paramètres pharmacocinétiques/pharmacodynamiques
d'autres médicaments pris de façon concomitante. Plusieurs
médicaments en vente libre interagissent avec les antibiotiques,
et sont donc susceptibles de modifier leur efficacité et/ou
toxicité.
2.2. Modalité de traitement
Le choix de la voie d'administration, de la posologie et de la
durée du traitement doit prendre en compte divers facteurs
qui sont discutés ci-dessous.
2.2.1. Voie d'administration
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Choix de la voie d'administration de l'antibiotique |
| 1. Voie orale |
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- En cas d'infections peu à moyennement
sévères
- Avantages: facilité d'administration, traitement ambulatoire
- S'assurer que le patient suivra les indications données
(exemple: ne pas prendre d'antacides ni de préparations
contenant du fer avec des tétracyclines, à cause
du risque de formation de chélates insolubles)
- Certains antibiotiques ne peuvent pas être administrés
par voie orale pour le traitement d'infections systémiques,
pour cause de mauvaise absorption. Il s'agit de la vancomycine,
des aminoglycosides, des polymyxines, de l'amphotéricine
B.
- Situation particulière: administration par voie orale
d'antibiotiques non absorbés per os, pour le traitement
d'infections locales du tube digestif. Exemple: prescription
de vancomycine orale dans le traitement de la colite pseudomembraneuse
à Clostridium difficile. |
| 2. Voie intraveineuse |
| |
- En cas d'infections graves et/ou
potentiellement mortelles pour lesquelles (a) des concentrations
plasmatiques plus élevées que celles obtenues
lors d'une administration orale sont nécessaires, (b)
de fortes posologies et une efficacité immédiate
sont requises
- Chez des patients inconscients, incapables d'avaler, victimes
de nausées et vomissements, ou présentant des
problèmes de malabsorption
- En cas de mauvaise compliance du patient |
| 3. Autres voies |
| 3.1. Voie intramusculaire |
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- Efficacité semblable à celle par
voie intraveineuse, SI la masse musculaire est de taille convenable
et non sclérosée suite à des injections
répétées
- La douleur liée à l'injection peut être
un problème
- Suppose l'absence d'anomalie de l'hémostase ou de traitement
anticoagulant efficace |
| 3.2. Voie intrathécale
ou intraventriculaire |
| |
- Peut être nécessaire dans le traitement
de méningites avec des antibiotiques tels que la vancomycine,
les polymyxines, la bacitracine (à cause d'une mauvaise
pénétration de la barrière hématoencéphalique) |
| 3.3. Voie topique |
| |
- Indications: désinfection de la peau,
impétigo, acné, élimination du portage
nasal de S. aureus, prophylaxie
d'infection des plaies propres, des plaies opératoires,
des brûlures et des infections liées aux cathéters
- Avantages: facilité d'administration, concentration
élevée au site d'infection, moindre risque d'effets
secondaires et de développement de résistance
- Antibiotiques topiques les plus courants: bacitracine, néomycine,
polymyxine B, mupirocine, acide fusidique |
2.2.2. Posologie
La dose et la fréquence d'administration dépendent
de:
- L'antibiotique: paramètres pharmacocinétiques et
pharmacodynamiques (lien)
- Le patient: âge, poids, fonction rénale, type d'infection,...
- La sensibilité du germe responsable de l'infection à
divers antibiotiques
2.2.3. Durée du traitement
La durée du traitement antibiotique est très variable
selon
- la nature du foyer,
- le type d'infection, et
- le type d'antibiotique utilisé.
En pratique, dans le cas d'infections bénignes traitées
de façon empirique, le traitement devrait se poursuivre 5
jours au-delà de la disparition des symptômes, c'est-à-dire
devrait durer 7 à 10 jours au total. Idéalement, l'efficacité
et la tolérance de l'antibiothérapie devraient être
réévaluées après 48 à 72 h.
Inconvénients liés aux traitements antibiotiques
prolongés:
Problème d'adhérence au traitement - Majoration des
risques toxiques - Risque de sélection de microorganismes
résistants
3. Evaluer la réponse thérapeutique
Comment?
* Evaluation de l'efficacité:
- Tableau clinique (voir confirmer la présence
d'infection bactérienne)
- Manifestations biologiques (voir confirmer
la présence d'infection bactérienne)
* Evaluation de la toxicité
Spécifique à chaque antibiotique (voir pharmacologie
spéciale)
Quand?
Idéalement 48 à 72 h après le début
du traitement
Quelles mesures prendre?
* En cas d'amélioration clinique: implique la poursuite
d'un traitement antibiotique adapté.
* En cas de persistance des signes d'infection: impose l'analyse
critique de l'échec (voir causes
d'échec des traitements antibiotiques).
Antibiotiques pour lesquels une mesure des concentrations
plasmatiques peut s'avérer nécessaire
Il s'agit principalement des aminoglycosides et de la vancomycine.
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