Pharmacothérapie générale - Causes d'échec
des traitements antibiotiques
Il existe des situations où, malgré la prise d'antibiotique,
l'infection persiste, s'aggrave ou rechute. Ces échecs peuvent
être liés à des facteurs d'origine variée
dont certains seulement peuvent être évités
par une approche thérapeutique plus rationnelle. Le tableau
ci-dessous reprend les causes d'échec les plus fréquentes,
en privilégiant les aspects les plus utiles au clinicien.
| Principales
causes d'échec d'un traitement antibiotique (Adapté
de Pechère JC, in Schorderet 1998) |
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1. FAUX ECHECS |
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- Diagnostic inital erroné
- Deuxième maladie non influencée par le traitement
- Impatience injustifiée
- Intolérance médicamenteuse
- Inactivation de l'antibiotique |
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2. ECHECS LIES AU MALADE |
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- Patient immunodéprimé
- Mauvaise compliance
- Résorption insuffisante |
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3. ECHECS LIES A
L'ANTIBIOTIQUE |
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- Quantité insuffisante de
médicament
- Ignorance des paramètres pharmacodynamiques
- Pénétration défectueuse
- Inactivation in situ |
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4. ECHECS LIES AU MICROBE |
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- Erreur d'identification
du pathogène
- Acquisition de résistance en cours de traitement
- Surinfections et substitutions de flore
- Bactéricidie insuffisante
- Effet inoculum
- Persistance bactérienne |
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1. Faux échecs
- Les erreurs de diagnostic conduisent
à l'utilisation d'antibiotiques inactifs contre le germe
infectant, mais aussi parfois à une antibiothérapie
injustifiée en absence d'infection bactérienne.
- La présence d'une pathologie sous-jacente
non influencée par un traitement antibiotique peut
expliquer la persistance des symptômes, même lorsque
l'infection est maîtrisée. Par exemple, un cancer bronchique
peut être responsable d'une opacité radiologique résiduelle
lorsqu'une pneumonie a été bien soignée.
- Une impatience injustifiée
en absence de résultats immédiats peut inciter à
arrêter le traitement prématurément, alors que
la plupart des infections demandent 5 à 8 jours d'antibiothérapie.
- Des intolérances médicamenteuses
peuvent donner lieu à des symptômes qui laissent penser
que l'infection persiste (fièvre, hyperleucocytose, augmentation
de la vitesse de sédimentation).
- L'inactivation de l'antibiotique
avant son administration peut se produire notamment par la perfusion
simultanée de plusieurs médicaments capables de former
des complexes inactifs (aminoglycoside et héparine par exemple,
ou encore inactivation par dilution).
2. Echecs liés au malade
2.1. Patient immunodéprimé
Les hôtes immunodéprimés sont, à plusieurs
titres, des candidats à l'échec thérapeutique.
En effet, ils sont prédisposés aux infections mais
sont aussi susceptibles de développer des infections particulières,
notamment à germes intracellulaires normalement éradiqués
par les défenses de l'hôte. De plus, ils présentent
souvent des infections multiples et des risques de surinfection.
Ils nécessitent dès lors des traitements antibiotiques
prolongés et reçoivent souvent une combinaison
d'antibiotiques pour éviter l'émergence de souches
résistantes.
2.2. Mauvaise compliance
Une mauvaise compliance se rencontre fréquemment dans la
pratique de ville. Elle est favorisée par les médicaments
nécesitant des prises multiples ou induisant des effets secondaires.
2.3. Résorption insuffisante
Une résorption insuffisante peut survenir suite à
une perfusion intraveineuse défectueuse, à des troubles
digestifs (vomissements, diarrhée) pour une administration
orale, à des injections intramusculaires chez des malades
en collapsus.
3. Echecs liés à
l'antibiotique (échecs pharmacologiques)
3.1. Ignorance des paramètres pharmacodynamiques
Le type de propriété pharmacocinétique/pharmacodynamique
des antibiotiques (lien)
doit être pris en compte afin d'assurer un traitement optimal.
Si ce n'est pas le cas, un échec peut survenir, par exemple
lors d'une fréquence d'administration trop faible pour des
antibiotiques temps-dépendant tels que les beta-lactames
et macrolides.
3.2. Quantité insuffisante de médicament
Un échec thérapeutique peut survenir si la posologie
choisie est trop faible.
3.3. Pénétration défectueuse
La pénétration d'un médicament dans les liquides
et les tissus de l'organisme dépend de ses caractères
physicochimiques et, principalement, de sa liposolubilité
qui assure sa diffusion à travers les membranes. La sélection
d'antibiotiques ne présentant pas les caractères pharmacocinétiques
voulus entraîne une inadéquation du traitement. En
effet, le traitement des infections localisées dans des compartiments
peu accessibles (système nerveux central, endocarde, os nécrosé,...)
requiert un antibiotique diffusible (macrolide, beta-lactame, fluoroquinolone,
par exemple) et bien sûr actif contre le germe en cause. D'autre
part, le traitement des infections intracellulaires nécessite
un antibiotique capable de s'accumuler dans les cellules (macrolides,
fluoroquinolones, lincosamides, tétracyclines, et, dans des
modèles de cellules en culture, glycopeptides).
Une incapacité de l'antibiotique à rejoindre la bactérie
peut aussi se rencontrer en présence d'un foyer purulent
clos (abcès, collection purulente en amont d'un calcul du
cholédoque ou de l'uretère, sténose bronchique).
A l'effet d'obstruction se surajoutent souvent des facteurs potentiellement
inhibiteurs de l'activité des antibiotiques: baisse du pH,
accumulation de matériel purulent, corps étrangers.
3.4. Inactivation in situ
Même lorsque l'antibiotique parvient en quantité
adéquate au site d'infection, son activité peut être
inhibée par des facteurs d'environnement:
- Une liaison au matériel purulent
inactive aminoglycoside et polymyxine, tandis qu'une liaison des
pénicillines et des tétracyclines à l'hémoglobine
rend ces antibiotiques moins efficaces au niveau d'un hématome.
- Une baisse de la pression partielle en
oxygène dans des abcès ou des suppurations
intra-abdominales cause une réduction de l'activité
des aminoglycosides, dont le mécanisme de pénétration
dans les bactéries requiert de l'oxygène.
- Une acidification urinaire est défavorable
à l'action des aminoglycosides, macrolides et lincosamides,
tandis qu'une alcalinisation diminue l'activité des nitrofuranes
et tétracyclines.
- L'excrétion de molécules
inactivant les antibiotiques par les bactéries est
illustrée par l'hydrolyse in situ des beta-lactames par les
beta-lactamases.
4. Echecs liés au microbe
Les échecs liés au microbe proviennent de l'absence
d'activité (résistance bactérienne) de l'antibiotique
sur celui-ci. Cette résistance peut être constitutive
mais peut aussi, de façon plus insidieuse, se manifester
en cours de traitement. L'établissement d'un diagnostic bactériologique
et d'un antibiogramme devraient permettre d'éviter les échecs
de ce type, mais de nombreuses difficultés subsistent qui
peuvent remettre en cause la valeur prédictive des tests
de laboratoire.
4.1. Une erreur d'identification du pathogène
reste possible lorsque les tests sont insuffisamment spécifiques
ou que le pathogène en cause est difficile à mettre
en évidence ou à cultiver (mycobactérie par
exemple). Il est parfois compliqué également d'identifier
le germe causant l'infection au milieu d'une flore commensale (par
exemple, S. epidermidis dans un frottis
de sécrétion cutanée n'est pas toujours pathogène).
4.2. L'acquisition de résistance
en cours de traitement est devenue un problème préoccupant.
Elle se rencontre lorsque l'exposition de la bactérie à
l'antibiotique induit l'expression de mécanisme de résistance.
L'exemple le plus démonstratif est constitué par les
beta-lactames qui induisent l'expression de beta-lactamases. Le
phénomène est cependant beaucoup plus général
puisqu'une résistance inductible est documentée aussi
vis-à-vis des glycopeptides, et des macrolides.
4.3. Les surinfections et substitutions
de flore surviennent facilement lorsque l'antibiotique utilisé
est actif sur les bactéries commensales, favorisant la sélection
d'espèces qui lui sont naturellement résistantes.
Ainsi, un traitement aux lincosamides peut causer une colite à
Clostridium difficile. De même,
les céphalosporines peuvent faire éclore des surinfections
à E. faecalis. Enfin, le traitement
à l'ampicilline d'une infection urinaire peut conduire à
l'éradication de E. coli, mais
peut aussi sélectionner des Klebsiella
pneumoniae préexistants.
4.4. Une bactéricidie insuffisante
de l'antibiotique peut également mener à un échec
thérapeutique. Ce type d'échec s'applique principalement
aux patients ayant des défenses immunitaires systémiques
ou locales insuffisantes.
4.5. L'effet inoculum peut décroître
l'efficacité de certains antibiotiques. C'est le cas pour
les beta-lactames, dont la CMI augmente avec l'inoculum bactérien.
Un échec peut survenir par sous-dosage dans le cas de foyers
infectieux à haut inoculum microbien (suppurations abdominales
d'origine colique, par exemple).
4.6. Certaines bactéries dites persistantes
ou quiescentes, bactéries avec un métabolisme
extrêmement ralenti, peuvent survivre pendant de très
longues périodes dans des sites peu accessibles aux antibiotiques
. Ceci les rend insensibles à la plupart des antibiotiques
qui n'agissent que sur les métabolismes actifs. In vivo,
la quiescence existe dans des infections à évolution
lente telles qu'ostéomyélites chroniques, pyélonéphrites
chroniques ou endocardites, et pourraient rendre compte, au moins
en partie, des difficultés thérapeutiques et des rechutes
qu'elles occasionnent.
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