UCL
Université catholique de Louvain
Pharmacologie et pharmacothérapie des anti-infectieux

 

Pharmacothérapie générale - Prophylaxie antibiotique

Antibioprophylaxie en chirurgie


Résumé:
1. Le risque d'infection postopératoire dépend de divers facteurs liés à la procédure chirurgicale, au patient, au microorganisme responsable. Ce risque peut être classifié et quantifié. Il est donc possible de déterminer si oui ou non une antibioprophylaxie se justifie.
2. Diverses mesures permettent de diminuer le risque d'infection postopératoire de façon significative, l'une d'entre elles étant l'antibioprophylaxie. Le choix de l'antibiotique dépend de l'organe abordé et du ou des microorganisme(s) en cause dans les infections liées à ce type de chirurgie. De façon générale, les céphalosporines de première génération (la céfazoline en particulier) constituent le premier choix. Un temps d'administration approprié est indispensable, afin d'assurer une concentration plasmatique maximale au moment de la première incision cutanée, et de maintenir des concentrations efficaces pendant toute la durée de l'opération et la période à risque consécutive à l'intervention.

1. Les infections postopératoires
  1.1. Définition
1.2. Sources de contamination
1.3. Facteurs de risque
1.4. Classification et quantification
1.5. Microorganismes responsables
2. La prévention des infections postopératoires
  2.1. Grands principes
2.2. Prophylaxie antibiotique
3. Pour en savoir plus

 


1. Les infections postopératoires

1.1. Définition

Les infections postopératoires sont des infections se développant suite à un acte chirurgical. Elles peuvent être catégorisées comme suit:
- Infections incisionnelles superficielles (tissu cutané et sous-cutané) ou profondes (fascia et muscle);
- Infections (péri)viscérales: au niveau des organes abordés, des espaces entre les organes et des autres sites manipulés pendant l'acte opératoire;
- Infections systémiques, et infections de l'opéré survenant à distance du site chirurgical. Ces infections ne font pas partie de l'objectif primaire de l'antibioprophylaxie chirurgicale.

 
1.2. Sources de contamination des plaies chirurgicales
* La contamination microbienne peut se faire de 3 façons:
  - par inoculation directe
- par voie aérienne
- par voie sanguine/lymphatique
* De plus, la contamination initiale peut avoir lieu:
  - pendant la chirurgie
- en période post-opératoire
* Les sources de contamination les plus fréquentes sont les suivantes:
  1° Inoculation directe pendant l'opération, à partir de la flore cutanée résiduelle du patient
2° Inoculation directe pendant l'opération, à partir des tissus contaminés ou infectés (dans le cadre de procédures chirurgicales contaminées, voir ci-dessous)
Occasionnellement, d'autres sources de contamination peuvent être:
  3° Inoculation directe pendant l'opération, par l'intermédiaire des mains des chirurgiens (gants déchirés)
4° Inoculation directe postopératoire, à partir des drains et cathéters
5° Contamination aérienne, au cours de l'opération, par l'intermédiaire de la peau, des muqueuses et vêtements des patients et du personnel opérant.

 

1.3. Facteurs de risque

De nombreux facteurs potentialisent le risque d'infection postopératoire. Ils sont résumés ci-dessous.

Tableau 1: Facteurs de risque dans le développement d'infections postopératoires
1. Risques liés au patient
  Etat immunitaire, statut nutritionnel, âge, diabète, cigarette, prise concomitante de stéroides, longue hospitalisation préopératoire,...
2. Risques liés à la procédure
  Présence d'un corps étranger, importance du traumatisme tissulaire, organes cibles,...
3. Risques liés au microorganisme
  Virulence, charge bactérienne, sensibilité aux antibiotiques,...
 
1.4. Classification et quantification

Diverses classifications ont été proposées, permettant de quantifier le risque d'infection postopératoire, et de catégoriser les mesures prophylactiques adaptées.

1.4.1. Le système de classification traditionnel définit le risque d'infection postopératoire en fonction de la procédure chirurgicale.

Tableau 2: Classification du National Research Council: type de chirurgie, incidence d'infections postopératoires, critères et prophylaxie antibiotique (Adapté de DiPiro)
Type de chirurgie Incidence d'infections postopératoires (%) Critères Prophylaxie antibiotique
Propre (ou non contaminée)
<2
- Incision sur terrain propre non enflammé
- Ex: chirurgie cardiovasculaire, neurochirurgie
Non: Pas indiqué sauf si procédure à haut risque (1) (et éventuellement si patient à haut risque)
Propre-contaminée (ou modérément contaminée)
<10
- Ouverture d'appareils colonisés par une flore commensale non pathogène
- Ex: incision du tractus gastro-intestinal, oropharyngé, génitourinaire, biliaire, respiratoire
- Chirurgie propre en urgence
Oui
Contaminée
20
- Présence d'inflammation aiguë non purulente
- Ex: plaies traumatiques récentes, ouverture de tractus infectés
Oui
Sale (ou très contaminée)
40
- Infection manifeste pré-existante
- Ex: plaies traumatiques souillées, viscères perforés, contamination fécale
Thérapie (et non prophylaxie) antibiotique indiquée

(1) Implantation de matériel prosthétique et autres procédures où l'infection postopératoire est associée à une mortalité élevée

 

1.4.2. D'autres classifications prennent en compte, en plus du risque lié à la procédure chirurgicale, le risque lié au patient.
- Il s'agit par exemple des facteurs de risque SENIC (Study on the Efficacy of Nosocomial Infection Control), qui incluent: opération abdominale, opération de plus de 2 heures, procédures contaminées ou sales, plus de 3 problèmes médicaux sous-jacents.
- De plus, les scores développés par la Société Américaine des Anesthésiologistes, et relatifs à la classification du statut physique du patient (score de 1 à 5) ont été incorporés dans les calculs relatifs à l'incidence d'infections postopératoires. Un score égal ou supérieur à 3 est associé à un risque plus élevé d'infection postopératoire.

 

1.5. Microorganismes responsables

* La contamination bactérienne peut être:
- endogène: les bactéries responsables sont issues de la flore normale du patient;
- exogène: les bactéries responsables sont issues d'une source autre que la flore normale du patient.

* Les agents infectieux responsables sont habituellement ceux de la flore viscérale abordée ou du revêtement cutané ou muqueux traversé par l'incision pratiquée par le chirurgien. Les bactéries en cause sont donc très différentes suivant le type d'infection.

* De façon globale, les pathogènes les plus fréquemment responsables d'infections postopératoires sont:
- Staphylococcus aureus
- Staphylococcus coagulase negative
- Entérocoques


 

2. La prévention des infections postopératoires

2.1. Grands principes

La maîtrise technique, l'asepsie, l'hygiène et la discipline du bloc opératoire, la qualité de la préparation mais aussi des soins postopératoires constituent les moyens primordiaux de la prévention des infections.

Tableau 3: Diverses mesures permettant une diminution du risque d'infections postopératoires
1. Mesures liées à la contamination bactérienne proprement dite
Avant l'opération - Eviter l'utilisation d'antibiotiques (autres que pour la prophylaxie) avant l'opération
- Minimisation la durée d'hospitalisation pré-opératoire
- Elimination de la colonisation nasale par S. aureus
- Douche pré-opératoire avec du savon à base de chlorhexidine
- Traitement de tout autre site d'infection
Pendant et après l'opération - Nettoyage cutané avec des solutions à base de povidone-iodine ou de chlorhexidine
- Séparation des matériaux chirurgicaux propres et contaminés
- Minimisation de l'utilisation de drains
2. Mesures liées aux facteurs de risque propres au patient
Avant l'opération - Résolution (ou amélioration) de la malnutrition ou de l'obésité
- Arrêt tabagique
- Optimisation du contrôle du diabète
Pendant et après l'opération - Hydratation, oxygénation et nutrition adéquates
- Minimisation des tissus dévitalisés et des hématomes

 

2.2. Prophylaxie antibiotique
2.2.1. But de l'antibioprophylaxie chirurgicale

Le but est la prévention de l'infection postopératoire, mais PAS le traitement d'infections distales (autres sites que le site chirurgical) ni la prévention d'infections nosocomiales. Les antibiotiques servent principalement à diminuer l'inoculum bactérien de telle sorte que les microorganismes restants puissent être éliminés par les mécanismes de défense naturels du patient (le rôle des mécanismes de défense propre du patient est au moins aussi important que celui des antibiotiques).
Une antibioprophylaxie chirurgicale permet de réduire de façon significative le risque d'infection postopératoire.

 
2.2.2. Situations pour lesquelles une antibioprophylaxie est justifiée

(a) Procédures avec un risque élevé d'infection = chirurgie propre-contaminée et contaminée (voir tableau 2)
(b) Chirurgie avec implantation de matériel prosthétique
(c) Procédures pour lesquelles les conséquences d'infections sont très sévères

L'utilisation d'antibiotiques à titre prophylactique en cas de chirurgie propre est controversé. En pratique une prophylaxie est indiquée s'il s'agit d'une procédure chirurgicale à risque (b+c) et/ou d'un patient à risque.

L'administration postopératoire d'antibiotiques n'est pas recommandée!

 
2.2.3. Choix de l'antibiotique

Le choix de l'antibiotique dépend de plusieurs facteurs, dont certains ont été explicités avant, qui sont: type de chirurgie, organismes pathogènes les plus probables, efficacité, sûreté et coût de l'antibiotique, et données épidémiologiques locales.

Céphalosporines de 1ère génération
  - Premier choix pour la plupart des interventions chirurgicales (exception: chirurgie abdominale)
- Bonne couverture de S. aureus et S. epidermidis (pathogènes les plus fréquents)
- Céfazoline: antibiotique le plus couramment utilisé (longue demi-vie et faible coût)
- Monothérapie inappropriée si risque de contamination par anaérobes (p ex chirurgie colorectale, appendicectomie)
Céphalosporines de 3e et 4e génération
  - A PROSCRIRE en prophylaxie chirurgicale pour plusieurs raisons: coût élevé, activité moindre envers staphylocoques par rapport aux céphalosporines de 1ère génération, spectre couvrant des pathogènes non impliqués dans les infections postopératoires, risque de sélection de résistance.
Vancomycine
  - A ne pas utiliser de façon routinière; son usage doit être réservé aux situations suivantes:
1° Allergie aux beta-lactames (IgE-médiée)
2° Risque élevé de colonisation avec des microorganismes résistants tels que MRSA (voir données épidémiologiques locales)
- Problèmes liés à son usage: spectre étroit (bactéries gram négatives non couvertes), faible vitesse d'infusion requise, risque d'hypotension, risque de sélection de microorganismes résistants (VRE-VISA)

 

2.2.4. Modalités d'administration
Voie d'administration
  Intraveineuse préférée, car permet d'obtenir des concentrations tissulaires adéquates de façon fiable (exception: administration orale en cas de chirugie du colon)
Temps d'administration
  - L'antibiotique doit être présent au site opératoire avant la contamination éventuelle (exception: césarienne)
- La concentration tissulaire doit être maximale au moment de la première incision cutanée
- La posologie doit être suffisante pour obtenir un taux sérique élevé et le maintien d'une concentration efficace pendant toute la durée de l'opération et la période à risque consécutive à l'intervention
- En pratique: l'administration d'antibiotique doit être commencée au maximum 2 heures (idéalement 30 minutes) avant la première incision cutanée, (exception: chirurgie du colon)
Dose unique ou doses multiples?
  * Dans la plupart des cas une dose unique est recommandée
* Dans certains cas l'administration de doses multiples se justifie:
- Procédure chirurgicale durant plus de 4 h
- Perte de sang majeure
- Utilisation d'antibiotique de courte demi-vie (p ex la céfoxitine)
- Les doses devraient être répétées à intervalle de 1 à 2 fois la demi-vie de l'antibiotique administré, afin de maintenir des concentrations plasmatiques adéquates (demi-vie de la céfazoline: 1.8 h, vancomycine: 3-9 h)

Tableau: Antibiotiques prophylactiques: schéma d'administration
Repris des recommandations du Conseil Supérieur d'Hygiène (groupe de travail belge)

 

2.2.5. Suivi thérapeutique

L'infection de la plaie opératoire doit être différenciée d'autres infections ou complications postopératoires.
L'aspect de la plaie chirurgicale est le paramètre diagnostique le plus important. Des signes d'infection (rougeur, chaleur, douleur, présence de pus) peuvent se développer au-delà de la période d'hospitalisation.
Les facteurs suivants ne sont pas diagnostiques d'une infection postopératoire: leucocytose et fièvre, apparition d'autres infections.


 

3. Pour en savoir plus

- Recommandations du Conseil Supérieur d'Hygiène (groupe de travail belge): Recommandations pour l'utilisation prophylactique des antibiotiques en chirurgie (PDF)
- Antimicrobial prophylaxis in surgery. Med Lett Drugs 1999: 41; 75-80
- Classen, DC et al. The timing of prophylactic administration of antibiotics and the risk of surgical wound infection. New Engl J Med 1992; 326: 281-286.
- Gottrup, F. Prevention of surgical wound infections. New Engl J Med 2000; 342: 202-204.
- ASHP therapeutic guidelines for non surgical antimicrobial prophylaxis (PDF)
- ASHP therapeutic guidelines on antimicrobial prophylaxis in surgery (PDF)
- Guideline for prevention of surgical site infection, 1999. From the Hospital Infections Program, Centers for Disease Control and Prevention (PDF)

 

 

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Dernière mise à jour: 05/08/2002
Responsables: Pr. P. Tulkens et A. Spinewine- Contact: tulkens@facm.ucl.ac.be et anne.spinewine@facm.ucl.ac.be