UCL
Université catholique de Louvain
Pharmacologie et pharmacothérapie des anti-infectieux

 

Infections abdominales - Péritonite dans un contexte de dialyse péritonéale chronique


1. Pathologie

Chez les patients sous dialyse péritonéale chronique, il exite 3 types d'infections locales: péritonite, infection du tunnel et infection de l'orifice de sortie. Il est important de pouvoir distinguer ces 3 types d'infection car leur prise en charge diffère. Ce chapitre se concentre exclusivement sur la péritonite liée à la dialyse péritonéale.
Pour information, l'infection de l'orifice de sortie est une infection superficielle de l'orifice cutané du cathéter, qui peut le plus souvent être traitée conservativement par une désinfection locale et une antibiothérapie orale dirigée. L'infection du tunnel est une infection périluminale du cathéter, le long de son trajet dans la paroi abdominale; elle est souvent associée à une péritonite.

1.1. Voie de contamination bactérienne

L'infection (et donc la péritonite) peut être acquise par diverses voies, l'infection par voie intraluminale étant la plus fréquente.

- Voie intraluminale: contamination de la connexion (erreurs d'hygiène lors de la connexion du sace de dialyse), dialysat contaminé
- Voie périluminale: infection de l'orifice de sortie, infection du tunnel, infection du tunnel avec péritonite
- Voie hématogène: bactériémie
- Voie transmurale: par perforation intestinale ou par migration de bactéries au travers de la paroi intestinale

 

 

 

 

1.2. Facteurs prédisposants
Facteurs prédisposant aux infections chez les patients sous dialyse péritonéale chronique
- Existence d'une solution de continuité entre la cavité péritonéale et l'extérieur
- Présence d'un corps étranger (cathéter) et manipulation quotidienne de celui-ci
- Dialysat = bon milieu de culture pour les bactéries (cf contenu en glucose)
- Inhibition par le dialysat (cf contenu en lactate et pH bas) de la fonction des macrophages péritonéaux et donc des mécanismes de défense

 

1.3. Microbiologie

La péritonite chez les patients en dialyse péritonéale chronique est le plus souvent causée par un seul micro-organisme, qui provient le plus souvent de la flore cutanée du patient ou de son tractus respiratoire.

Etiologie de la péritonite liée à la dialyse péritonéale
1. Coques Gram (+): 70% - Essentiellement staphylocoques coagulase-négatif (S. epidermidis)
- Egalement S. aureus, streptocoques et entérocoques
2. Bacilles Gram (-): 20-30% - E. coli, P. aeruginosa (5-10%), Klebsiella spp
3. Autres - Bactéries anaérobies
- Champignons (majoritairement C. albicans)
- Mycobactéries
1.4. Diagnostic

Les manifestations cliniques sont variables et dépendent de la virulence du pathogène et du moment d'infection. Le diagnostic repose prinicpalement sur l'examen du liquide péritonéal.

La présence d'au moins 2 des 3 critères suivants permet de confirmer le diagnostic:
- Symptômes d'irritation péritonéale
- Dialysat trouble avec plus de 100 leucocytes/mm³
- Culture positive du dialysat

Dans 3 à 30% des cas les cultures sont négatives. En cas de péritonite ne répondant pas à une antibiothérapie, il faut évoquer la possibilité d'un champignon ou d'une mycobactérie comme agent responsable.


2. Traitement

2.1. Antibiothérapie

Tout diagnostic de péritonite doit mener à l'instauration rapide d'une antibiothérapie. Celle-ci peut être administrée en milieu ambulatoire. Une hospitalisation est nécessaire pour les patients plus sévèrement atteints et pour ceux qui ne peuvent administer les antibiotiques chez eux.
Les recommandations présentées ci-dessous sont basées sur celles du guide Sanford 2000-2001, édition Belgique-Luxembourg.
Les chances de succès sont d'autant plus grandes que le traitement est instauré rapidement. Il est donc essentiel de pouvoir éduquer les patients à la reconnaissance des signes précoces d'infection tels qu'un aspect trouble du dialysat.

Voie d'administration
Les antibiotiques sont administrés par voie intra-péritonéale, ce qui permet d'atteindre des concentrations élevées au site d'infection. Selon leur pharmacocinétique, ils peuvent être ajoutés au dialysat:
- soit de manière continue, c'est-à-dire dans chaque sac de dialysat
- soit de manière intermittente, c'est-à-dire de 2 fois par jour jusqu'à une fois par semaine.
En cas de péritonite sévère, les mêmes antibiotiques seront également administrés par voie intraveineuse.

Choix du traitement empirique
Un traitement empirique est instauré en attendant les résultats de culture.

Premier choix Cefazoline + ceftazidime La combinaison cefazoline + ceftazidime ne couvre pas les MRSA. Le traitement à la vancomycine doit donc être préféré dans les institutions avec une prévalence élevée de MRSA.
Alternative Vancomycine + aztreonam*
* Un aminoglycoside peut également être utilisé à la place de l'aztreonam

Le traitement empirique est remplacé par une thérapie ciblée lorsque les résultats de culture et de sensibilité sont disponibles. Les antibiotiques utilisés sont variés et incluent: beta-lactame, aminoglycoside, vancomycine, fluoroquinolone, cotrimoxazole, rifampicine.
L'utilisation de la vancomycine doit être limitée en raison du risque d'apparition d'entérocoques résistants (VRE).

Les doses doivent être adaptées à la fonction rénale du patient. Des recommandations précises à cet effet se trouvent dans le guide Sanford.

Durée de traitement
L'antibiothérapie est généralement poursuivie pendant 7 à 14 jours. Dans certains cas plus sévères il peut être nécessaire de la prolonger au-delà de 14 jours.

Péritonites d'origine fongique
Le traitement reste controversé, car il existe peu de données cliniques permettant de définir le traitement optimal. Un changement de cathéter devrait être réalisé s'il n'y a pas d'amélioration clinique après 4 à 7 jours de traitement. L'administration de fluconazole et de flucytosine constitue un premier choix, et l'amphotéricine B est une alternative.


2.2. Autres mesures

Un changement de cathéter doit être considéré dans les cas suivants:
- Infection à bacilles Gram (-) multiples (perforation intestinale)
- Culture positive pour S. aureus, P. aeruginosa, Candida spp.
- Pas d'amélioration après 7 jours de traitement

Les mesures prophylactiques visant à réduire l'incidence de péritonites chez les patients sous dialyse péritonéale est extrêmement importante.

Mesures prophylactiques
- Formation des patients au respect des techniques d'asepsie lors du changement des sacs de dialyse
- Recours à de nouvelles procédures techniques facilitant le respect de l'asepsie
- Antibioprophylaxie: reste très controversée - l'incidence de péritonite ne semble pas modifiée

 


3. Pour en savoir plus

Chapitres de livres
- Brismar B, Sjostedt S, Nord CE. Peritonitis, pancreatitis and intra-abdominal abscesses. Dans: Armstrong et Cohen, Infectious Diseases (1999) - Chapitre 2.38
- Levison ME, Bush LM. Peritonitis and other intra-abdominal infections. Dans Mandell, Douglas and Benett: Principles and practice of infectious diseases - chapitre 64, p821-856.
- DiPiro JT, Rogers DA. Intra-abdominal infections. Dans: DiPiro et al.: Pharmacotherapy - a pathophysiologic approach, 4e édition, Chapitre 104: p 1753-1764.

Articles et guidances
- Gokal R. Peritoneal dialysis. Prevention and control of infection. Drugs Aging 2000;17(4):269-82.
- Johnson CC, Baldessarre J, Levison ME. Peritonitis: update on pathophysiology, clinical manifestations, and management. Clin Infect Dis 1997;24:1035-47.
- Keane WF et al. Advisory Committee on Peritonitis Management: peritoneal dialysis-related peritonitis treatment recommendations: 2000 update. Perit Dial Int 2000;20:396-411.

 

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Dernière mise à jour: 05/08/2002
Responsables: Pr. P. Tulkens et A. Spinewine- Contact: tulkens@facm.ucl.ac.be et anne.spinewine@facm.ucl.ac.be