UCL
Université catholique de Louvain
Pharmacologie et pharmacothérapie des anti-infectieux

 

Otite moyenne aiguë

RESUME
L'otite moyenne aiguë (OMA), pathologie extrêmement fréquente chez l'enfant, est une infection aiguë, bactérienne ou virale, de la muqueuse des cavités de l'oreille moyenne. La majorité des OMA sont d'origine bactérienne, et l'étiologie précise diffère selon l'âge du sujet atteint. De façon générale l'enfant présente des signes spécifiques tels qu'otalgie et otorrhée, et non spécifiques, le plus souvent liés à une infection des voies respiratoires supérieures. Le diagnostic clinique repose sur la présence de symptômes associés à une image otoscopique précise. Une résolution clinique spontanée a lieu dans la majorité des cas.
Les antibiotiques n'ont pas démontré d'efficacité sur la prévention des complications ni des rechutes. Une antibiothérapie ne sera indiquée chez les enfants de plus de 6 mois qu'en cas de détérioration clinique après 24 à 48 heures. La prescription différée est un outil utile pour la mise en place de cette approche thérapeutique. Chez les enfants de moins de 6 mois, une antibiothérapie sera initiée d'emblée. En dehors des otites perforées et des enfants de moins de 2 ans, un traitement de 5 jours semble aussi efficace qu'un traitement de 10 jours. L'antibiotique choisi devrait couvrir les pathogènes les plus fréquents, à savoir S. pneumoniae, H. influenzae et M. catarrhalis. L'amoxicilline constitue le premier choix de traitement. Le cefuroxime axetil et l'amoxiclav sont un deuxième choix. La clarithromycine ou l'azithromycine seront utilisées en cas d'allergie à la pénicilline.

Pathologie
Traitement
Pour en savoir plus
   

1. Pathologie

1.1. Définition et épidémiologie

L'otite moyenne aiguë (OMA) est une infection aiguë, bactérienne ou virale, de la muqueuse des cavités de l'oreille moyenne, généralement secondaire à une infection du tractus respiratoire supérieur.

L'OMA est une pathologie extrêmement fréquente chez les enfants, surtout avant l'âge de 3 ans: 62% des enfants de moins d' 1 an et 83% des enfants de moins de 3 ans ont déjà présenté au moins une OMA. L'OMA est, après la rhinopharyngite, l'infection ORL la plus fréquente chez l'enfant.

Il est essentiel de différencier l'OMA de l'otite séreuse moyenne (OSM, "otitis media with effusion" en anglais), car l'approche thérapeutique n'est pas la même.

Otite moyenne aiguë (OMA) Otite séreuse moyenne (OSM)
- Maladie secondaire à un agent pathogène
- Survenue rapide des symptômes d'inflammation de l'oreille moyenne
- Otoscopie: la membrane tympanique présente des signes d'inflammation
- Présence de liquide non purulent dans l'oreille moyenne
- Absence de signes cliniques d'une infection aiguë; généralement asymptomatique
- Otoscopie: tympan rétracté ou décoloré et mat avec diminution de la mobilité tympanique

 


1.2. Physiopathologie et facteurs de risque

Anatomie de l'oreille moyenne (dessin à insérer)

La voie principale d'infection est la voie naso-tubaire:
- à la suite d'une obstruction tubaire il y a une réduction de l'activité muco-ciliaire et du drainage des sécrétions, ce qui favorise la formation d'un épanchement rétrotympanique et la prolifération de germes;
- une infection rhinopharyngée qui se propage via la trompe d'Eustache peut également être à l'origine de l'OMA.
Plus rarement, l'infection peut être directe (par perforation tympanique), chirurgicale, ou hématogène.

Les facteurs favorisants dans le développement de l'OMA sont les suivants:
  - Facteurs liés à l'hôte: dysfonctionnement tubaire physiologique chez le jeune enfant, dysfonctionnement tubaire pathologique (d'origine inflammatoire, mécanique, congénitale), déficit immunitaire
  - Facteurs environnementaux: infections rhinopharyngées, saison (incidence maximale durant les mois d'hiver), vie en collectivité

1.3. Etiologie

Les germes les plus fréquemment rencontrés sont bactériens. L'étiologie précise diffère selon l'âge de l'enfant. L'OMA est dans la grande majorité des cas monomicrobienne.

Germes les plus fréquemment rencontrés chez l'enfant Germes les plus fréquemment rencontrés chez en période néo-natale (de 0 à 3 mois)
- Haemophilus influenzae (35-46%)
- Streptococcus pneumoniae (23-30%)
- Moraxella catarrhalis (10-15%)
- Autres: Streptococcus pyogenes, Staphylococcus aureus
- Staphylococcus aureus (25%)
- Pseudomonas aeruginosa (19%)
- Entérobactéries (20%)
- Haemophilus influenzae (10%)
- Streptococcus pneumoniae (5%)

 


1.4. Présentation clinique et diagnostic
Signes spécifiques - Otalgie (caractère pulsatile majoré par la traction du pavillon), et signes liés chez le jeune enfant
- Otorrhée: sa présence indique une infection de l'oreille
Signes non spécifiques * Essentiellement lorsque l'otite est précédée d'une infection des voies respiratoires supérieures (c'est-à-dire dans la majorité des cas):
- Fièvre
- Troubles digestifs: diarrhées, vomissements, douleurs abdominales, manque d'appétit
- Troubles du sommeil, irritabilité
* Chez le nouveau-né et le nourrisson de moins de 3 mois, les signes d'appel peuvent être atypiques: agitation, léthargie, vomissements, diarrhée, fièvre souvent absente, hypo- ou hyperthermie, convulsions
Otoscopie - Indispensable pour poser le diagnostic
- Signes otoscopiques: tympan épais, oedématié, couleur lie de vin, disparition des repères anatomiques, puis tympan rouge, bombant, surtout dans le quadrant postéro-inférieur
- 4 stades évolutifs sont décrits: otite congestive ou catarrhale; otite inflammatoire ou exsudative; otite suppurée; otite perforée
- Chez le nouveau-né la couleur du tympan ne constitue pas un bon critère de diagnostic d'OMA

 

Selon Pichichero, l'OMA a tendance à être surdiagnostiquée. Il insiste sur la nécessité, pour le diagnostic correct d'une OMA, d'un éclairage suffisant du tympan, de l'absence de cérumen abondant, et si possible d'une otoscopie pneumatique:
  - si tympan écarlate + mobilité absente à l'otoscopie pneumatique: certitude d'OMA de 89%
- si tympan écarlate + mobilité réduite à l'otoscopie pneumatique: certitude d'OMA de 47%
- si tympan écarlate + mobilité normale à l'otoscopie pneumatique: certitude d'OMA de 15% seulement
- si tympan bombé, opaque: certitude d'OMA de 93-99%
- otorrhée purulente au travers d'une perforation du tympan: certitude d'OMA de 100%
   

1.5. Evolution

L'évolution naturelle d'une OMA est la guérison clinique (spontanée) dans 80 à 85% des cas en moyenne. L'évolution favorable se caractérise par une amélioration des signes fonctionnels et généraux, ainsi que par une normalisation du tympan. Il faut toutefois noter qu'il persiste souvent une épanchement rétrotympanique stérile, sans valeur pathologique, pendant plusieurs semaines (voire plusieurs mois) après la guérison. Une absence d'amélioration clinique ou une aggravation après 48h laisse suspecter une non-résolution spontanée.

Si l'on recherche la guérison bactériologique (disparition des germes dans l'oreille moyenne), l'évolution diffère selon le germe en cause:
  - 20% de guérison spontanée pour le pneumocoque
- 50% de guérison spontanée pour l'Haemophilus
- 80% de guérison spontanée pour le Moraxella
 
Les complications aiguës de l'OMA sont les suivantes:
  - Mastoïdite:correspond à une diffusion du processus infectieux aux cellules mastoïdiennes
  - Paralysie faciale:survient généralement au début de l'otite et régresse par la suite
  - Labyrinthite:extension de l'infection à l'oreille interne, très rare
  - Méningite
  - Abcès cérébral
  - Thrombophlébite du sinus latéral

 


2. Traitement

Les buts du traitement sont les suivants:
- Contrôle de la douleur
- Eradication de l'infection
- Prévention des complications

2.1. Traitement symptomatique
- Analgésiques Le paracétamol ou l'ibuprofène peuvent être utilisés pour contrôler la douleur
- Gouttes otiques Pas d'indication dans l'OMA! Risque d'allergie et d'ototoxocité (en cas de perforation tympanique)
- Décongestionnants Pas d'efficacité démontrée, aussi bien par voie nasale que par voie orale (de plus le risque de toxicité lors de la prise orale de décongestionnants chez les enfant est non négligeable)
   

2.2. Traitement antibiotique

A. Une antibiothérapie est-elle indiquée en cas d'OMA?

Recommandations du groupe belge de consensus sur l'usage des antibiotiques dans l'OMA (octobre 2000)
1. OMA chez un enfant de moins de 6 mois:
- L'antibiothérapie sera toujours initiée et l'évolution clinique surveillée. Cette attitude est controversée car il n'y a pas dans la littérature de données solides pour la justifier (il n'y a d'ailleurs pas eu de consensus dans le jury belge pour recommander une telle attitude)
2. OMA chez un enfant de plus de 6 mois:
- Un traitement antibiotique ne s'indique pas d'emblée. Lors d'une première consultation pour OMA, il y a lieu d'expliquer aux parents que l'OMA évolue vers une guérison spontanée dans la grande majorité des cas et qu'il faut suivre l'évolution clinique (douleur, fièvre, malaise)
- Un traitement antibiotique sera débuté en cas de détérioration clinique après 48h*. La durée de traitement sera de 5 jours (10 jours si enfant de moins de 2 ans**, otite perforée, otite récidivante)
- Un traitement antibiotique plus précoce peut se discuter en cas de répercussion importante sur l'état général, surtout chez les très jeunes enfants
3. OMA chez l'adulte:
- Il est impossible de se prononcer quant à l'efficacité des antibiotiques sur l'évolution clinique de cette affection, car il n'y a pas dans la littérature d'essais cliniques contrôlés randomisés incluant des adultes.
- Les germes en cause étant similaires à ceux retrouvés chez l'enfant, il semble rationnel de proposer la même attitude que chez le grand enfant.
* Chez les enfants de 6 mois à 2 ans, certains experts conseillent l'instauration d'une antibiothérapie après 24h si pas d'amélioration (plutôt que 48h chez les enfants de plus de 2 ans).
La prescription différée est un outil utile pour la mise en place de cette approche thérapeutique. La rédaction d'une prescription avec administration de l'antibiotique dans des conditions bien précises permet d'éviter une nouvelle consultation si celle-ci n'est pas nécessaire.
Une antibiothérapie est également conseillée chez les patients à risque plus élevé de complications, tels que les patients atteints de syndrome de Down, avec malformation vélopalatine, dépression immunitaire.
** Préconisé par certains experts en raison d'un taux d'échec de traitement plus élevé chez les jeunes enfants

 

Résumé des preuves cliniques concernant l'utilité des antibiotiques dans l'OMA
(repris du document belge rédigé par le groupe de consensus, octobre 2000)
Utilité des antibiotiques chez les enfants
- Chez les enfants < 2 ans, les antibiotiques n'ont pas d'effet sur l'amélioration symptomatique endéans les 7 jours qui suivent le début du traitement, ni sur la durée de l'otalgie.
- Chez les enfants de 2 mois à 15 ans, les antibiotiques n'ont pas d'effet sur la durée et l'intensité de l'otalgie après 24h d'usage. Un effet sur l'otalgie peut être constaté entre les jours 2 et 7, mais seulement 15% des enfants présentent encore une otalgie entre les jours 2 et 7
- A ce jour aucune étude ni méta-analyse n'a démontré l'efficacité d'une antibiothérapie sur les complications (hypoacousie, méningites, mastoïdites et autres). La puissance des études réalisée à ce jour est insuffisante pour permettre une conclusion formelle.
- Les antibiotiques n'ont pas d'effet sur la prévention de la rechute.
- En dehors des otites perforées et des enfants < 2 ans, un traitement de 5 jours semble aussi efficace que 10 jours.
Utilité des antibiotiques chez les adultes
De par l'absence d'essais cliniques contrôlés randomisés incluant des adultes, il est impossible de se prononcer quant à l'efficacité des antibiotiques sur l'évolution clinique de l'OMA. Les germes en cause sont similaires à ceux rencontrés chez les enfants.

 

B. Lorsqu'une antibiothérapie est indiquée, quels sont les antibiotiques de choix?

Pour un rappel concernant les considérations générales relatives à l'instauration d'une antibiothérapie, voir le chapitre "Approche systématique dans la décision de l'antibiothérapie" en pharmacothérapie générale (lien).

L'antibiotique choisi devrait couvrir les pathogènes les plus fréquents, à savoir S. pneumoniae, H. influenzae et M. catarrhalis. Pour rappel, la production de beta-lactamases par H. influenzae est stable en Belgique, et est observée chez environ 16% des souches. M. catarrhalis est producteur de beta-lactamases dans plus de 85% des cas. Des données relatives à la résistance au S. pneumoniae peuvent être consultées sur une autre page de ce site (lien).
Le pouvoir de diffusion au niveau du site infectieux est également un facteur important. L'amoxicilline et le céfuroxime diffusent très bien dans l'oreille moyenne.

1er choix Amoxicilline - 50 mg/kg/jour en 3 doses
- 80 mg/kg/jour chez les enfants à risque de pneumocoque résistant à la pénicilline (enfants fréquentant une crèche - enfants de moins de 2 ans - enfant ayant reçu des antibiotiques dans les 3 mois précédent l'OMA)
2e choix Cefuroxime axetil - 30 mg/kg/jour en 2 prises
- 50 mg/kg/jour chez les enfants à risque de pneumocoque résistant à la pénicilline
Amoxiclav - 30-40 mg/kg/jour en 3 prises
- Chez les enfants à risque de pneumocoque résistant à la pénicilline, l'administration de doses plus élevées (80 mg/kg/jour)est associée à un problème de tolérance gastro-intestinale; il est conseillé dans ces cas d'associer à la posologie classique d'amoxiclav de l'amoxicilline seule à 40-50 mg/kg
Si allergie à la pénicilline Macrolide (clarithromycine ou azithromycine) - Clarithromycine 15mg/kg/jour en 2 prises
- Azithromycine 10mg/kg/jour en 1 prise
Il faut cependant être attentif au taux élevé de résistance du S. pneumoniae aux macrolides (lien)


Le traitement antibiotique a échoué? Evaluer les causes d'échec du traitement antibiotique (lien)


2.3. Traitement chirurgical

La paracentèse est indiquée dans les cas suivants: persistance d'une douleur intense malgré le traitement médical; OMA compliquée; OMA chez le nourrisson de moins de 3 mois; persistance de l'OMA malgré le traitement; OMA récidivante.

L'adénoïdectomie est indiquée en cas d'hypertrophie adénoïdienne obstructive, et en cas de surinfection chronique du tissu adénoïdien.

La pose d'aérateurs transtympaniques (ATT) a pour but de pallier la dysfonction tubaire en permettant une ventilation normale et prolongée de l'oreille moyenne. Elle est préconisée en cas d'OMA récidivantes (> 3 otites en 6 mois) et en cas d'OSM symptomatique de plus de 3 mois avec hypoacousie supérieure à 30 décibels. L'ATT s'expulse spontanément après 3 à 12 mois.


3. Pour en savoir plus

- Réunion de consensus (INAMI). L'usage adéquat des antibiotiques en cas d'infections aiguës oto-rhino-laryngologiques ou respiratoires inférieures. Chapitre II: Otite moyenne aiguë (PDF)
- Chevalier P. Recommandation de bonne pratique: l'otite moyenne aiguë. Louvain Med 2000;119:S424-S431 (PDF - membres UCL uniquement)
- Minet A, Deggouj N, Gilain C, Gersdorff M. L'otite moyenne aiguë. Louvain Med 1998;117:S410-S417 (PDF - membres UCL uniquement)

- Berman S. Otitis media in children. NEJM 1995;332:1560-1565.
- Del Mar C, Glasziou P, hayem M. Are antibiotics indicated as initial treatment for children with acute otitis media? A meta-analysis. BMJ 1997;314:1526-29.
- Froom J, Culpepper L, Jacobs M et al. Antimicrobials for acute otits media? A review from the international Primary Care Network. BMJ 1997;315:98-102.
- Glasziou PP, Hayem M, Del Mar CB. Antibiotic versus placebo for acute otitis media in children. The Cochrane library Issue 4, 1999.
- Kozyrskyj AL, Hildes-Ripstein GE, Longstaffe SE, Wincott JL, Sitar DS, Klassen TP, Moffatt ME. Treatment of acute otitis media with a shortened course of antibiotics: a meta-analysis. JAMA 1998;279:1736-1742.
- Osborne J, Nguyen R. Antibiotics as intial treatment for children with acute otitis media. BMJ 1997;315:879-880.

 

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Dernière mise à jour: 05/08/2002
Responsables: Pr. P. Tulkens et A. Spinewine- Contact: tulkens@facm.ucl.ac.be et anne.spinewine@facm.ucl.ac.be