UCL
Université catholique de Louvain
Pharmacologie et pharmacothérapie des anti-infectieux

 

Infections urinaires - Cystite aiguë non-compliquée


RESUME

Les infections urinaires non compliquées (chez une femme adulte non enceinte et en bonne santé) sont très fréquentes. Elles sont le plus souvent causées par E. coli, Staphylococcus saprophyticus et Proteus spp. Les symptômes les plus fréquents sont la dysurie, pollakiurie, douleur mictionnelle et le besoin impérieux d'uriner. Le diagnostic différentiel doit exclure la possibilité de pyélonéphrite aiguë, d'affection gynécologique et d'infection à Chlamydia.
Il existe de nombreux tests urinaires, mais aucun d'entre eux ne permet à lui seul de confirmer ou d'exclure à 100% le diagnostic de cystite. En pratique ambulatoire, un test aux nitrites (bandelettes urinaires) sera réalisé, et suivi en cas de résultat négatif par un test à l'estérase leucocytaire ou un sédmient urinaire.
Les antibiotiques de premier choix sont la nitrofurantoïne et le triméthoprime (substances actives qui ne sont utilisées qu'en cas de cystite). Les fluoroquinolones seront réservées aux infections urinaires compliquées. Le cotrimoxazole et la fosfomycine sont également des antibiotiques de 2e choix. Un traitement de 3 jours sera proposé à priori. Le traitement "minute" (1 jour) constitue une alternative.
Chez les femmes qui présentent 2 ou plus de 2 infections urinaires en 6 mois ou au moins 3 infections urinaires par an (infections récurrentes), un traitement médicamenteux prophylactique est recommandé, en plus des possibilités de traitement non médicamenteux. Il s'agira soit d'une prophylaxie au long cours, soit d'un traitement postcoïtal, soit d'un schéma d'automédication.
Chez la femme enceinte, toute bactériurie, même asymptomatique, doit être traitée afin de réduire le risque de pyléonéphrite aiguë. Chez les personnes âgées, les bactériuries asymptomatiques ne doivent pas être traitées, contrairement aux symptomatiques.

 

  Pathologie
  Traitement
  Schéma récapitulatif: stratégie en pratique ambulatoire
  Situations particulières: récidives, femme enceinte, personne âgée
  Pour en savoir plus

1. Pathologie

1.1. Définition et épidémiologie

La cystite aiguë non compliquée est une affection extrêmement commune, dont la prévalence est de 30 à 50 pour mille chez les femmes adultes. La moitié des femmes développent au moins une fois une infection symptomatique des voies urinaires.

DEFINITIONS

Cystite
  - Inflammation de la vessie qui peut survenir isolément ou en association avec une pyélonéphrite ou une prostatite
Infection des voies urinaires non compliquée
  - Infection des voies urinaires chez une femme adulte non enceinte, en bonne santé
- Aucun antécédent ni signe clinique de malformation des voies urinaires
- Pas d'autre pathologie ni situation spécifique qui aggrave le risque d'infections ascendantes
Infection des voies urinaires compliquée
  - Infection des voies urinaires qui s'étend au rein
- Infection des voies urinaires chez un patient à rique: homme, enfant, personne âgée, femme enceinte, patient porteur d'un cathéter urinaire
Infection récidivante des voies urinaires
  - Au moins 3 épisodes d'infection urinaire par an
Bactériurie asymptomatique
  Colonisation de la vessie ou de l'urètre par des bactéries (sans infection)

1.2. Etiologie

L'infection de l'appareil urinaire chez la femme se développe lorsque des germes uropathogènes provenant de la flore fécale colonisent le vagin proximal, entrent dans l'urètre et la vessie et stimulent une réponse de l'hôte.

Agents pathogènes responsables dans la cystite aigue non-compliquée

- E. Coli (75-85%)

- Staphylococcus saprophyticus (10-15%)
Agent typique chez les jeunes femmes en bonne santé

- Proteus spp (5-10%)
Fréquence plus élevée chez les personnes âgées en institution

- Autres: Klebsiella spp, Enterbobacter spp, Pseudomonas spp
Très peu fréquents dans les infections non compliquées

 

Facteurs favorisant la survenue des infections urinaires
Chez les jeunes adultes:
- Sexe féminin
- Coït
- Présence d'un corps étranger: emploi d'un diaphragme, emploi de spermicide
- Diabète
- Grossesse
- Obstacles des voies urinaires
Chez les personnes âgées:
- Anomalie du tractus urinaire, vidange vésicale incomplète
- Présence d'un corps étranger: cathéter urinaire, calculs,...
- Diabète
- Manque d'oestrogènes chez la femme, maladie prostatique chez l'homme
- Maladie neurologique (Alzheimer, Parkinson,...)

1.3. Présentation clinique et diagnostic

A. PRESENTATION CLINIQUE

Les symptômes les plus fréquents d'une cystite sont:
- Dysurie: difficulté à vider la vessie
- Douleurs mictionnelles: brûlure ressentie à l'extrémité de l'urètre, au moment de la miction (la sensation peut se prolonger un peu après la miction)
- Pollakiurie: besoin anormalement fréquent d'uriner
- Besoin impérieux d'uriner

Il peut arriver que les urines paraissent troubles. Il peut aussi y avoir du sang dans les urines (l'hématurie en elle-même n'est pas prédictive d'infection compliquée et ne nécessite pas de traitement différent ou plus prolongé).

B. DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL

La cystite doit être différenciée d'autres pathologies de l'arbre génital ou urinaire:
- Affections gynécologiques: présence de nausées, modification des pertes blanches, irritations durant la miction ou non); les symptômes des affections vaginales et urinaires peuvent se chevaucher.
- Pyélonéphrite aiguë: caractérisée par de la fièvre, des frissons, une lombalgie et éventuellement des vomissements
- Urétrite: cause par Chlamydia trachomatis ou Neisseria gonorrhoeae; entraîne une dysurie ainsi qu'une pyurie sans bactériurie avec agents uripathogènes; doit être envisagée en cas d'échec de la thérapie pour une infection des voies urinaires

C. ANALYSES URINAIRES

On utilisera un échantillon d'urine de milieu de jet, prélevé dans un récipient stérile. Les urines doivent être analysées à l'état le plus frais possible.

Analyse Commentaires
Sédiment urinaire - Bactéries: résultat positif quand au moins 20 bactéries par champ
- Globules blancs: pyurie quand plus de 5 GB par champ
- Problèmes liés à l'interprétation et à la reproductibilité du test
Urines non centrifugées
(hémocytomètre)
- Technique préférable au sédiment urinaire
- Pyurie quand plus de 10 leucocytes par mm3
- L'absence de pyurie suggère fortement une cause non infectieuse aux symptômes urinaires
Culture urinaire - Généralement pas nécessaire en cas d'infection urinaire non compliquée (parce que les organismes responsables et leur susceptibilité aux antibiotiques sont très prédictibles)
- Culture urinaire et antibiogramme peuvent être nécessaires en cas de symptômes récidivants
- Critère de Kass: 100.000 colonies/ml chez les patients symptomatiques (urine de milieu de jet) - mais il ne s'agit pas d'une limite absolue
Bandelettes urinaires 1° Recherche des nitrites: un test positif (N+) confirme quasi avec certitude une infection urinaire; un test négatif (N-) est peu indicatif
2° Recherche de l'estérase leucocytaire: un test négatif (EL-) exclut une infection urinaire (si le test aux nitrites est négatif); un test positif (EL+) n'indique pas avec certitude une infection des voies urinaires
Dipslide - Alternative à la culture en laboratoire
- Avantages: peut être réalisé de manière autonome (idéal pour le généraliste), corrélation avec la culture presque parfaite, résultat plus rapide qu'avec une culture
- Inconvénients: résultat semi-quantitatif, ne convient pas en-dessous de 1000 CFU/ml

 


2. Traitement

La cystite aiguë non compliquée est considérée comme une affection bénigne. La morbidité est limitée essentiellement aux symtômes incomfortables liés à l'infection, même lorque la cystite n'est pas traitée. Il n'y a pas d'effet délétère à long terme sur la fonction rénale.
Toute suspicion de cystite aiguë doit mener à l'instauration d'un traitement antibiotique.

2.1. Quel antibiotique?

L'antibiotique doit atteindre des concentrations suffisantes dans les urines et doit éliminer les bactéries les plus fréquentes sans trop affecter la flore vaginale et intestinale.

Antibiotiques de premier choix dans le traitement de la cystite aiguë non compliquée
Nitrofurantoïne - Avantages: E. Coli et S. saprophyticus très sensibles, faible taux de résistance, bonne tolérance, affecte peu la flore intestinale, faible coût
- Inconvénients: Proteus spp intrinsèquement résistants, ne convient pas pour les infections compliquées, diminution de l'efficacité en cas d'insuffisance rénale et d'urines alcalines
- Posologie: 100mg 3x/jour
Triméthoprime - Avantages: aussi efficace que la combinaison cotrimoxazole mais avec moins d'effets secondaires
- Inconvénients: schéma de résistance croissant dans certains pays (ce n'est pas le cas en Belgique)
- Posologie: 300mg 1x/jour
Antibiotiques de deuxième choix dans le traitement de la cystite aiguë non compliquée
Cotrimoxazole - Avantages: bonne efficacité clinique, faible coût
- Inconvénients: résistance croissante, incidence élevée d'effets secondaires (gastro-intestinaux et dermatologiques essentiellement)
Fluoroquinolones - Avantage: bonne efficacité
- Inconvénients: craintes concernant le risque de résistance acquise, coût élevé
- Doivent être réservées au traitement des infections urinaires compliquées
Fosfomycine - Avantage: large spectre d'action
- Inconvénients: S. saprophyticus intrinsèquement résistant, rapide sélection parmi les mutants résistants, peu d'études cliniques

L'amoxicilline n'est pas utilisée à cause du taux de résistance élevé des uropathogènes (sauf si antibiogramme à l'appui). L'amoxiclav et les céphalosporines ne constituent pas un premier choix dans les infections non compliquées en raison de leur spectre trop large.


2.2. Quelle durée de traitement?

Premier choix: traitement de 3 jours
- Considéré comme étant plus efficace que le traitement d'un jour, et serait aussi efficace qu'un traitement de 7 jours.
- Autres avantages par rapport à un traitement de 7 jours: meilleure compliance, coût plus faible, diminution significative des effets secondaires.

Traitement "minute" (1 jour)
- Semble moins efficace que les traitements de plus longue durée
- Meilleurs taux de succès observés avec le cotrimoxazole et les fluoroquinolones, par rapport aux beta-lactames
- Déconseillé chez les diabétiques, les personnes âgées, les femmes enceintes, lorsque les symptômes durent depuis plus de 5 jours et chez les patients qui ont déjà présenté une infection au cours des 6 semaines précédentes


3. Schéma récapitulatif: stratégie en pratique ambulatoire

Ce schéma est repris des recommandations de bonne pratique fournies par l'INAMI (PDF)

Pour voir ce schéma en plus grand, cliquez ici


4. Situations particulières (lien)

3.1. Infections récidivantes
3.2. Infection urinaire chez la femme enceinte
3.3. Infection urinaire chez la personne âgée

5. Pour en savoir plus

- Hooton TM, Scholes D, Hugues JP, et al. A prospective study of risk factors for symptomatic urinary tract infection in young women. N Engl J Med 1996;335:468-74.
- Hooton TM, Winter C, Tiu F, Stamm WE. Randomized comparative trial and cost analysis of 3-day antimicrobial regimens for treatment of acute cystits in women. JAMA 1995;273:41-45.
- Warren JW, Abrutyn E, Hebel JR, Johnson JR, Schaeffer AJ, Stamm WE. Guidelines for antimicrobial treatment of uncomplicated acute bacterial cystitis and acute pyelonephritis in women. Infectious Disease Society of America (IDSA). Clin Infect Dis 1999;29:745-58.
- Yates M. Geriatric therapeutics: urinary tract infection in the elderly. Aust J Hosp Pharm 1999;29:166-70 (PDF)

Documents publiés par l'INAMI
- La cystite chez la femme - Recommandation de bonne pratique: texte complet (PDF)
- La cystite chez la femme - Recommandation de bonne pratique: résumé pour les médecins (PDF)
- La cystite chez la femme - Recommandation de bonne pratique: information pour les patients (PDF)

Infections de l'appareil urinaire: généralités. NephroHUS online.

 

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Dernière mise à jour: 05/08/2002
Responsables: Pr. P. Tulkens et A. Spinewine- Contact: tulkens@facm.ucl.ac.be et anne.spinewine@facm.ucl.ac.be