Pharmacologie spéciale - Les nitrofuranes
1. Structure chimique
Les nitrofuranes possèdent encommun un noyau furane substitué
en position 5 par une fonction nitroo indispensable à l'activité
antibiotique.
2. Mécanisme d'action
2.1. Activation de l'antibiotique
Les nitrofuranes acquièrent leur activité antibactérienne
après la réduction enzymatique de leur fonction nitro,
catalysée par des réductases bactériennes,
ce qui assure leur spécificité d'action. Ce mécanisme
est en commun avec les nitroimidazoles; la différence réside
dans le potentiel réducteur nécessaire pour obtenir
les différents intermédiaires, et donc dans les bactéries
suscpetibles d'activer le produit.
2.2. Activité antibactérienne
Une fois activés métaboliquement, ces antibiotiques
inhibent des enzymes impliqués dans la dégradation
du glucose et du pyruvate. En outre, certaines de leurs formes réduites
possèdent un pouvoir alkylant et pourraient causer des dommanges
à l'ADN et aux protéines.
2.3. Caractéristiques de l'activité antibiotique
Les nitrofuranes présentent une activité statique
aux concentrations thérapeutiques (leur CMB est 2 à
4 fois supérieure à leur CMI, mais ces concentrations
ne peuvent pas être atteintes in vivo).
Les nitrofuranes présentent un antagonisme avec les fluoroquinolones
et une synergie avec les tétracyclines vis-à-vis des
coques Gram (+).
3. Résistance bactérienne
Une réduction de l'activité de la réductase
bactérienne confère la résistance croisée
à l'ensemble des nitrofuranes. Cette résistance peut
être soit chromosomique, soit plasmidique. Par ailleurs, on
voit émerger des souches porteuses de plasmides de multirésistance
(aminoglycosides et nitrofuranes).
4. Spectre d'activité
| Les nitrofuranes sont actifs sur: |
| |
- les entérobactéries |
| |
- les coques à Gram (+) |
| |
- certaines anaérobies (Bacteroides
fragilis, Clostridium) |
| |
- Campylobacter jejuni |
| P. aeruginosa est
presque toujours résistant. |
5. Pharmacocinétique
La résorption orale des nitrofuranes est complète
et rapide. Les taux sériques et tissulaires atteints sont
cependant faibles et inférieurs aux concentrations bactéricides,
exception faite du rein et de l'urine, dans lesquels les nitrofuranes
se concentrent suffisamment pour être actifs. En cas d'insuffisance
rénale, l'accumulation peut même devenir toxique.
L'élimination des nitrofuranes est rapide (t1/2 = 1/2 heure).
Ils sont dégradés dans le foie et le rein.
6. Indications et posologie
Etant donné que les nitrofuranes ne présentent une
concentration thérapeutique que dans le rein et l'urine,
ils sont réservés exclusivement au traitement des
infections
urinaires non compliquées.
| Posologie
des nitrofuranes |
| Nitrofurantoïne (Furandantine) |
200-400 mg/j en 3-4 prises |
| Nifurtoïnol (Urfadyn PL) |
200 mg/j en 2 prises |
7. Effets secondaires et contre-indications
7.1. Effets secondaires
| Les nitrofuranes sont responsables de nombreux
effets secondaires: |
| |
- troubles digestifs défavorables à
une bonne compliance |
| |
- réactions allergiques, généralement
de type cutané |
| |
- infiltrations pulmonaires diffuses réversibles |
| |
- anémie hémolytique réversible
chez les sujets déficients en glucose-6-P-déshydrogénase |
| |
- polynévrite lors de traitements prolongés,
surtout chez les insuffisants rénaux |
7.2. Contre-indications
Les nitrofuranes sont contre-indiqués en cas d'insuffisance
rénale, car dans ces circonstances ils sont inefficaces
(concentration urinaire insuffisante) et dangereux vu leur toxicité
systémique, surtout la neuropathie périphérique.
Les nitrofuranes sont également contre-indiqués chez
la femme enceinte.
|